Crimée, Russie, Ukraine (2)

Publié le par jaakline

Je poursuis là la traduction de larges extraits de cet entretien Pozner-Loukianov.

Pözner en vient alors au thème brûlant " la crise ukrainienne" et le référendum en Crimée...Citant les chiffres que nous connaissons bien, et évoquant la liesse de la population que des TV, pas seulement russes, ont montrée, il ajoute ensuite:

" Je travaille en ce moment pour CNN. Je suis à l'écran deux fois par jour. J'explique ce qui se passe. Mes collègues américains, que je côtoie tous les jours, sont de parti pris violent.Il faut remonter à l'entrée des troupes soviétiques en Afghanistan pour retrouver de tels emballements antirusses.

Ma question est la suivante : nos dirigeants on-ils bien mesuré à quel point cette situation ranime le spectre de "l'empire du mal" ?

Réponses de Loukianov :

Oui, je pense qu'ils savent....Et c'est difficile de ne pas savoir tant le niveau d'exaltation à l'Ouest dépasse tout ce qu'on pouvait imaginer ! L'Ukraine est un grand pays européen, mais ce n'est pas lui faire offense que de dire que ce qui s'y passe ne concerne pas l'ordre mondial. C'est une crise grave, dangereuse, ce qui s'y joue dépasse l'Ukraine ou la Crimée, et les deux parties, Occident, Russie, le savent. Pour dire vite, il s'agit de savoir qui est le maître à la maison..

Car depuis 25 ans, depuis la fin des années 80, la Russie a toujours cherché à minimiser les crises, afin de préserver ses rapports avec l'Ouest..Même pendant la crise géorgienne en 2008, tout a été fait pour continuer quand même à coopérer. Là, la décision a été prise, me semble-t-il, en toute connaissance de cause. Il n' y aura plus une seule concession dans le seul but de rassurer l'Europe et les USA.

A propos des sanctions :

Les sanctions, type liste noire, sont symboliques..et les sanctions économiques, type celles appilquées à l'Irak, ne correspondent pas pour deux raisons: la Russie n'est pas l'Irak.. et isoler la Russie dans une économie globalisée est très difficile. Si, à l'époque soviétique, il y avait les deux "grands" qui donnaient le la et les autres s'alignaient sur l'un ou l'autre, aujourd'hui le monde a profondément changé... Que ferait la Chine, l'Inde... Les dégâts seraient réciproques..d'ailleurs les milieux économiques européens ne sont pas très chauds..!

Le jeu en valait-il la chandelle ?

Depuis le chute de l'URSS, la question de la Crimée et de Sébastopol était posée.La déliquescence de l'état ukrainien, la présence des forces occidentales et le souhait d'intégrer l'Ukraine à l'OTAN n'ont pas laisser d'autre choix que de s'avancer, là, maintenant. Le cas de l'Ukraine est tragique, car, en 1991, les conditions de redressement y étaient beaucoup plus favorables qu'en Russie..mais rien n'a marché (pour mémoire, je rappelle que Youstchenko, le président de la Révolution orange a reçu 5% des voix aux élections suivantes. Jaakline).

"Le jeu en vaut-il la chandelle?" Nos dirigeants disent que cet acte est une réponse ; ensuite la question se posait et elle était incontournable!

Et pour Obama, le jeu en vaut-il la chandelle ? (Je dis Obama, les USA, car visiblement, les dirigeants européens sont alignés..! Même Angela Merkel...)

Obama veut changer l'Amérique, et il est en butte à une opposition républicaine féroce, qui le traîne dans la boue à longueur d'antenne: "faible, ne sait pas faire respecter l'Amérique, Syrie, Afghanistan et maintenant Ukraine.." Tout cela est très loin des revendications des Ukrainiens. Et puis une méconnaissance de ce qu'est réellement la Russie aujourd'hui... L'épisode géorgien avait calmé les ardeurs de l'Otan...mais pas suffisamment, visiblement!

Les évenements en Crimée sont lus comme le début d'une tentaive de reconstitution de l'URSS. Devraient suivre d'autres annexions. La Russie défie les USA (ils disen t: le monde !). Ce que le président Poutine a démenti très haut "pour qu'on m'entende" a-t-il précisé, lors de la signature au Kremlin de l'acte officiel de rattachement de la Crimée à la Russie.

Et cependant, pourquoi l'Ukraine ?

L'Ukraine, de par sa position géographique, plus "ancrée" en Europe, est une place forte de premier plan..Et en outre, pour nous, les russes, elle est un élément très important de notre identité européenne. Détacher l'Ukraine de la Russie et l'intégrer à un bloc qui lui serait hostile. c'est un mauvais coup contre la Russie qui ne pourrait plus se tourner que vers l'Est..Oui, c'est une stratégie.

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