Crimée, Russie, Ukraine : da ? niet ? (1)

Publié le par jaakline

Le rattachement express de la Crimée à la Russie, l'annexion, disent aussi certains russes, provoquent un large débat en Russie: quelles conséquences aux plans extérieur et intérieur ?

J'inaugure une série de trois articles..

A tout seigneur, tout honneur, je commence par ceux qui approuvent la décision, ce qui ne veut pas dire qu'ils n'y voient que des avantages.. Loukianov, le premier que je traduis, représente la pensée dominante..dans toute sa complexité..

"Personne n'a besoin d'une Russie forte, avec ou sans les communistes"

in le dernier ouvrage de Svetlana Aleksiévitch, livre sur lequel je reviendrai.. Pensée largement partagée par les Russes..

"Interview du soir" est une émission hebdomadaire de Vladimir Pozner : 57 minutes, un seul invité...De quoi aller au fond des choses

Le17 mars, Vladimir Pozner reçoit Fiodor Loukianov, que je découvre..

Il commence l'interview en le questionnant. Loukianov a 47 ans. Il est directeur d'une revue "La Russie dans le monde globalisé" et président depuis peu de l'association, ONG-précise-t-il, "Conseil de la politique extérieure de défense"...Tout un programme...Mais à y regarder de plus près, une chose très russe. Créée en 1992, elle regroupe 200 personnes, diplomates, militaires, actifs ou en retarite, journalistes..Un spectre très large de points de vue très différents, qui se rencontrent se parlent, s'affrontent sans se stigmatiser, "chose rare en Russie- précise Loukianov - et avec lequel nous avons du mal, voire régressons en ce moment".

"Nous", c'est qui, interroge Pozner ?

" Les Russes, dit-il sans ambages. Or, organiser la confrontation des points de vue, c'était l'impératif de1992: nous avions subi une rupture des plus radicales, nombreux étions perdus: le vieil état effondré, le nouveau allait on ne savait où...Ce lieu d'échanges tentait de dépasser cette cacophonie inimaginable pour trouver ce dont le pays avait besoin.

C'est ce que nous nous efforçons de faire encore aujourd'hui et, au vu de la crise actuelle, tout aussi révolutionnaire, c'est au moins aussi utile qu'il y a 20 ans."

Pozner en revient au thème du jour : l'image de la Russie en Occident, englobant dans le mot Russie la période soviétique. Durant cette période là, l'image était négative en permanence, avec une "apogée", sous Ronald Reagan qui inventa l"Empire du Mal".

Puis, une très brève période produisit une image positive : les années Gorbatchev et la période Eltsine. Les gens à l'Ouest commencent à s'interroger: qui sont les Russes, qu'est-ce que ce pays ?..pas les politiques, non, les gens.

Et puis, à nouveau, machine arrière..Que s'est-il passé ? Y-a-t-il une date, où l'on puisse dire: "Voilà, c'est là que la marche arrière a été enclenchée".

Loukianov répond : " Pas vraiment une date, mais sans aucun doute, 1999 et la Yougoslavie. Bien que plus faible qu'aujourd'hui, la Russie a clairement montré qu'elle n'était pas prête à accepter les règles du jeu occidentales. En vérité, cela avait commencé plus tôt.

Au milieu des année 90, la Russie a peu de moyens, mais déjà on voit bien que sa tradition historique, intellectuelle, sa mentalité sont autres. Etat, société, nation aspirent à une vocation de grande puissance. Et c'est la que l'Occident déchante: quoi, c'est encore et toujours la même chose ?
La Russie de la péréstroïka, démocratique, l'avait charmé. Ce serait une Russie différente de la Russie soviétique, de la Russie sur des siècles d'histoire. Un nouveau stéréotype s'est alors constitué, qu'il nous plaise ou non: la Russie allait devenir telle que la rêverait l'Europe. Il ne faut pas la craindre, elle fonctionne sur les normes européennes. On parle de "maison commune européenne" et c'est Gorbatchev qui la propose. L'état, la société russe semblaient évoluer vers cela. Et puis, ça ne fonctionne pas! Pour dire de façon imagée, la Russie ne parvient pas à être une " très grande Pologne", zigzaguant, navigant entre les problèmes, mais évoluant dans la même direction que les autres états postcommunistes. A noter que l'Ouest aussi a beaucoup changé au cours de ces vingt dernières années.
Et l'ancien stéréotype a été réactivé, puissance dix !

Europe USA, d'un côté Russie de l'autre ont des logiques de développement et de puissance complètement différentes. Et la propagande a changé, la leur, la nôtre. D'idéologique, elle est devenue personnelle, s'incarnant dans des personnes...

Publié dans Ukraine

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