La société russe apprécie les ripostes musclées.... Sondage du Centre Lévada

Publié le par Boyer Jaakline

Le Centre Lévada est l'institut de sondages russe de référence. Il est indépendant du pouvoir.
Créé en 1988, il porte le nom du sociologue Youri Lévada (1930-2006).
Il interroge sur tous les sujets la population russe en 67 lieux différents. Il collabore avec de nombreux chercheurs, journalistes, pour établir une image de l'opinion publique sur l'ensemble des sujets.
Son directeur-adjoint, Alekséï Grajdankine, a accordé une interview au journal allemand Deutsche Welle (DW) . Il a été publié sur le site du Centre Lévada, le 11 août.

Son analyse s'appuie sur les résultats des sondages réalisés fin juillet et début août.

"La société russe , résume t-il, apprécie les ripostes musclées"

Si un nombre grandissant apprécie positivement la politique du pouvoir russe dans le dossier ukrainien, ils n'en sont pas moins très inquiets quant à la possible étendue de la guerre, y compris en 3ème guerre mondiale.

Les sentiments anti U.E ont grandi, au fur et à mesure de l'application de sanctions contre la Russie.
Tandis que l'image de la Russie est très dégradée dans le monde, celle de l'Occident en Russie se dégrade tout autant. Le rapport est inversé : en 1990 80% de la population avait une image positive des USA. Aujourd'hui, 80% en ont une image né
gative.

Traduction de l'interview:

Aprés l'annexion de la Crimée, comment a évolué l'appréciation par la société russe de la situation en Ukraine ?

Elle n'a pas changé de façon radicale. Les Russes pensent que le pouvoir de Kiev mène une guerre contre ses propres populations de l'Est. En même temps, il faut le noter, une certaine lassitude se fait jour face à la crise ukrainienne.

Mais des changements se sont opérés durant ces 3 mois. Le nombre de ceux qui pensaient que l'Est de l'Ukraine devait intégrer la Russie est passé de 35% à 23% Et ceux qui pensent que les Républiques de Lougansk et de Donetsk doivent être indépendantes a grandi, de 25% à 41%..
et, bien que le combat des séparatistes soit vu comme juste, le nombre de ceux qui pensaient que la Russie devait intervenir directement dans un conflit avec l'Ukraine est passé de 74% en mai à 55% en juillet.

Comment l'expliquer ?

Ils commencent à réaliser que la réunion de certaines régions d'Ukraine à la Russie est lourde de généralisation de conflit et de guerre, locale, voire même mondiale. Ce qu'ils ne veulent, bien sûr, absolument pas. Sans doute, la ligne de conduite de Vladimir Poutine n'autorisant pas le débat sur l'intervention militaire russe en Ukraine a-t-elle joué un rôle. Le nombre de ceux qui souhaitent une intervention militaire de la Russie est passé de 40% à 26%.
C'est tout de même un chiffre important. Un quart de la population russe, dont la vie est morose, sont prêts à en découdre.. Cela met un peu de piquant !

D'autant plus que leur seule source d'information, c'est la TV russe...

Effectivement, la vision de bombardements d'une population civile ne peut que provoquer l'indignation, comme tout bombardement de ce type , où que ce soit. Mais je note que la télé n'agit que comme catalyseur. L'opinion s'est formée avant, dès le début des événements. La population russe porte un jugement très négatif sur la rhétorique selon laquelle il faut limiter les droits des populations russophones. Les préjudices qu'ils subissent sont inacceptables.
La propagande gouvernementale agite tout cela, mais les opinions, j'y insiste, étaient formées avant, sur un temps long.

Quand l'Occident a introduit un 3ème volet de sanctions contre la Russie, la côte de popularité de Vladimir Poutine est montée jusqu'à 87%.. pourquoi ?

L'électorat russe apprécie la réactivité de leur leader et la sévérité des mesures adoptées en réponse à ces sanctions. Ils apprécient l'agressivité de sa politique extérieure et un certain "resserrage des boulons" à l'intérieur.
La société russe apprécie hautement les ripostes musclées.
C'est pourquoi, plus les réponses apportées sont rudes, de l'intégration de la Crimée aux sanctions contre les importations européennes, plus grandit la sympathie à l'égard du président.

Et comment réagit la population aux sanctions de l'U.E à l'égard de la Russie ?

38% des interrogés estiment que ces sanction, américaines et européennes, vont frapper surtout les élites russes, politiques, culturelles, scientifiques. En effet, une grande majotité des Russes n'a pas de plan d'installation ou de vacances à l'étranger.2/3 des Russes ne sont jamais sortis de Russie. Et le niveau de vie est tel que la plupart ne peuvent s(offrir les produits importés d'Europe. Donc, ils se positionnent en observateur. Mais ils estiment qu'il s'agit là d'une politique antirusse. (C'est moi qui souligne,J.B)

Comment évolue, en liaison avec cela, le rapport des russes à l'Europe et aux USA ?

Lors de nos derniers sondages, nous avons obtenu les résultats les plus négatifs de toute l'existence du Centre. En juillet 17% avait un jugement positif sur les USA et 74% un jugement négatif. Pour l'Europe c'est un peu moins : 26, positif, 60% négatif.

Les Russes ne se considèrent pas responsables de ce conflit et ne partagent pas, à ce sujet, l'opinion de l'Occident. Ils ne sont pas les agresseurs et le pouvoir de Kiev est complètement disqualifié par le soutien que lui apportent les radicaux, appelés ici « fascistes ». Tout dialogue devient alors impossible.

La Russie est toujours en guerre ?

Oui, le traumatisme de la deuxième guerre mondiale est toujours très vif. Fonctionne toujours le paradigme « ceux qui sont avec nous », « ceux qui sont contre nous ». Tout ce que se passe en ce moment est lu à travers ce prisme. Il y a "les nôtres" et "les autres".

Le nombre de ceux qui sont pour des solutions alternatives sur l'ensemble de ces questions se situe entre 10% et 25%.

La seule chose réjouissante est que la majorité des Russes est pour que l'incendie ukrainien soit éteint le plus vite possible et que la guerre s'arrête. Fin de l'interview.

Dans un autre sondage, publié dans gazeta.ru le 12 août dernier, 77% des Russes estiment que « ils ne sont pas responsables, c'est l'Occident qui est venu s'en mêler ». Sans le soutien des Usa et de l'U.E à Porochenko, il n'y aurait pas ce bain de sang. ».
De nombreux autres sondages confirment largement cette opinion.
En Europe, le nombre de ceux qui s'interrogent sur le rôle négatif joué par l'U.E dans ce drame grandit.. Plus de 2000 morts en Ukraine..mais comment connaître exactement le nombre ?

Publié dans la vie comme elle va

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