Manon Loizeau : retour sur un coup d'état

Publié le par Boyer Jaakline

Un lecteur me demande quel est le point de vue de Manon Loizeau sur le déroulement des événements actuels en Ukraine.
Je n'ai pas d'éléments récents.
Mais, par contre, son analyse de ce qui s'est passé le 22 février à Kiev permet de comprendre où elle se situe. C'est à dire, non pas du côté de Moscou,
mais du côté des faits.

Ukraine : Autopsie d’un coup d’Etat

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Le mouvement de contestation (baptisé « Euromaïdan ») qu’a récemment vécu l’Ukraine est intéressant à plusieurs égards. Il montre comment un coup d’Etat civil contre un gouvernement démocratiquement élu peut être fomenté avec succès avec un appui étranger et sans intervention militaire. Il dévoile la flagrante partialité et le manque d’intégrité des médias mainstream occidentaux qui, avec une argumentation fallacieuse, appuient aveuglément l’interventionnisme occidental et, avec une vision dichotomique de la situation, qualifi ent les uns de bons et les autres de mauvais.Plus grave encore, il dessine les contours, jusqu’alors vaporeux, de la renaissance de la guerre froide qu’on croyait enterrée avec la chute du mur de Berlin. Finalement, il nous offre une projection probable de la situation des pays arabes « printanisés » dans la mesure où l’Ukraine a connu son « printemps » en 2004, printemps communément appelé « révolution orange ». ....

UN COUP D’ÉTAT PLÉBISCITÉ PAR L’OCCIDENT

Ce qui vient de se passer en Ukraine ces derniers jours est un véritable coup d’État. En effet, le président Viktor Ianoukovytch a été démocratiquement élu le 7 février 2010 en battant Ioulia Timochenko au second tour de l’élection présidentielle (48,95 % des voix contre 45,47 %). Évidemment, Timochenko n’avait pas immédiatement accepté le verdict des urnes [1]. Il y a sûrement eu fraude quelque part puisqu’elle était, lors des élections, Premier ministre en exercice et que Viktor Iouchtchenko était président du pays.

Les deux figures emblématiques de la révolution orange, très largement soutenues par les pays occidentaux, ceux-là mêmes qui étaient supposés faire entrer l’Ukraine dans une ère nouvelle, celle de la démocratie et de la prospérité, ont été largement battues par un candidat pro-russe. Et quel candidat! Ianoukovytch! Celui qui avait été « conspué » par les activistes de la vague orange de 2004. En moins de six ans, les Ukrainiens avaient compris que cette « révolution » colorée n’en était pas une.

Le 8 février 2010, Joao Soares, le président de l’Assemblée parlementaire de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) déclara : « L’élection a offert une démonstration impressionnante de démocratie. C’est une victoire pour tout le monde en Ukraine. Il est temps maintenant pour les dirigeants politiques du pays d’écouter le verdict du peuple et de faire en sorte que la transition de pouvoir soit pacifique et constructive. » [2]

Sans trop de conviction, mais placée devant l’évidence du verdict des observateurs internationaux, Timochenko finit par retirer son recours en justice visant à invalider le résultat de l’élection [3]. Les

« révoltés » de la place Maïdan reprochent à Ianoukovytch d’avoir décidé de suspendre un accord entre son pays et l’Union européenne (UE). Et une question fondamentale se pose : en démocratie, et dans le cadre des prérogatives de sa fonction, un président en exercice a-t-il le droit de signer les accords qu’il juge bénéfiques pour son pays? La réponse est oui, d’autant plus que de nombreux spécialistes pensent que cet accord était néfaste pour l’économie de l’Ukraine. Ainsi, selon David Teurtrie, chercheur à l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO, Paris) :

« La proposition faite à l’Ukraine a été, comme je l’appellerais, une stratégie perdant-perdant. Pourquoi? L’accord correspondait à la mise en place d’une zone de libre-échange entre l’UE et l’Ukraine. Mais cette zone de libre-échange était très défavorable pour l’Ukraine parce qu’elle ouvrait le marché ukrainien aux produits européens et elle entrouvrait le marché européen aux produits ukrainiens qui ne sont en majeure partie pas concurrentiels sur le marché occidental.

Nous voyons donc que l’avantage est assez peu évident pour l’Ukraine. Pour simplifier, l’Ukraine prenait sur elle tous les désavantages de cette libéralisation du commerce avec l’UE et ne recevait aucun avantage » [4]. L’économiste russe Sergueï Glaziev est lui aussi du même avis : « Toutes les estimations, incluant celles des analystes européens, font part d’un ralentissement inévitable dans la production de biens ukrainiens dans les premières années suivant la signature de l’Accord d’association, puisqu’ils sont condamnés à une perte de compétitivité par rapport aux produits européens. » [5]Nonobstant la sensibilité pro-russe de Ianoukovytch, il est clair que la proposition russe était beaucoup plus intéressante pour l’Ukraine que celle avancée par les Européens. « L’UE ne promet pas la lune aux manifestants… juste la Grèce » titrait ironiquement le journal l’Humanité[6].

Après les émeutes sanglantes de Kiev, de nombreux pays occidentaux se sont curieusement empressés de déclarer qu’ils étaient prêts à soutenir « un nouveau gouvernement » en Ukraine [7], c’est-à-dire de reconnaître implicitement un coup d’Etat. Au lieu d’attiser la violence et de financer les barricades, ces pays n’auraientils pas dû offrir leurs services pour calmer les esprits et attendre les prochaines élections, comme le dictent les fondements de la démocratie qu’ils essaient d’exporter en Ukraine et ailleurs dans le monde?

PETITES PRÉCISIONS SUR LA RÉVOLUTION ORANGE

La révolution orange fait partie d’une série de révoltes baptisées « révolutions colorées », qui s sont déroulées dans les pays de l’Est et surtout les ex-Républiques soviétiques durant les années 2000. Celles qui ont abouti à un changement du gouvernement en place ont touché la Serbie (2000), la Géorgie (2003), l’Ukraine (2004) et le Kirghizstan (2005). Dans un article exhaustif et très détaillé sur le rôle des États-Unis dans les révolutions colorées, G. Sussman et S. Krader de la Portland State University mentionnent dans leur résumé :
«Entre 2000 et 2005, les gouvernements alliés de la Russie en Serbie, en Géorgie, en Ukraine et au Kirghizistan ont été renversés par des révoltes sans effusion de sang. Bien que les médias occidentaux en général prétendent que ces soulèvements sont spontanés, indigènes et populaires (pouvoir du peuple), les « révolutions colorées » sont en fait le résultat d’une vaste planification. Les États-Unis, en particulier, et leurs alliés ont exercé sur les États postcommunistes un impressionnant assortiment de pressions et ont utilisé des financements et des technologies au service de l’aide à la démocratie » [8].
..... Extraits.

Retrouver l'intégralité dans le quotidien "Reporters" daté du 10 mars 2014.

Il y a quelques jours à peine, Barak Obama, dans une interview, reconnait l'intervention des USA dans le changement de pouvoir à Kiev. "On a donné un petit coup de main" dit-il dans son style faussement décontracté.

https://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=3&cad=rja&uact=8&ved=0CCkQqQIwAg&url=http%3A%2F%2Ffr.sputniknews.com%2Fanalyse%2F20150202%2F1014264655.html&ei=W-HRVMjkGoyzUYylgtgM&usg=AFQjCNECW84acfTx7Zr6s9nItsC_I0fYlQ&bvm=bv.85076809,d.d24

Aujourd'hui John Kerry est à Kiev. Kiev qui bombarde les quartiers de Donetsk et les hôpitaux et fait face à une désertion grandissante de ses troupes. "Ce n'est pas notre guerre", dit un jeune soldat loyaliste qui vient de se rendre aux séparatistes.

"C'est la destruction systématique d'un peuple" dit un autre habitant de Donetsk.Il ajoute : " le Donbass, ce sont des mineurs, des métallo, des travailleurs". 

 

Sur la TV russe. Retransmis en partie sur Euronews.

Publié dans Du grain .....

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