Nouvelles de cette Russie invisible ici.

Publié le par Boyer Jaakline

Un Tannhauser iconoclaste à Novossibirsk
Un Tannhauser iconoclaste à Novossibirsk

Les élites "occidentales " et le cirque médiatique qui les sert regardent la Russie et les mouvements sociaux d'un seul point de vue: "A quand un Maïdan russe ? " à quand une Russie sans Poutine ?"

Ce courant d"opposition existe effectivement, essentiellement à Moscou, un peu à St-Pétersbourg et Ekatérinbourg, cette " opposition" terrorisée", comme l'indiquaient dans un copié-collé Paris Match et le Monde , quasiment le même jour, le 4 mars dernier. (" Terreur sur l'opposition " ).

Or, s'en tenir à cette vision des choses c'est se priver de voir la Russie et les russes tels qu'ils sont . Mais est-ce vraiment le but, informer ?

Par contre, ces mouvements bien réels, sur tout le territoire, et les remous qu'ils provoquent dans la société russe, révélant ses préoccupations, sont largement occultés.
Deux conflits, par exemple, dans l'actualité : l'interdiction du spectacle Tannhauser à Novosibisrk et la grève de la faim des ouvriers du chantier du nouveau cosmodrome " l'oriental ".

Ces deux conflits sont symptomatiques de ce qui bouge dans la société russe et font penser à une majorité de russes qu'ils vivent " dans une démocratie développée " ( voir mon article du 2 avril : citoyens état pouvoir )

Tannhauser:

L'opéra national de Novossibirsk monte un Tannhauser qui dérange l'église orthodoxe, " les activistes religieux ". Elle demande la suppression du spectacle.
Le ministre de la Culture exige l'arrêt des représentations " car ", dit-il, " un spectacle monté avec les deniers publics ne doit pas diviser la société ".
Le 5 avril dernier, 1500 personnes se sont rassemblées pour exiger la reprogrammation du spectacle. Il y a même une pétition demandant la démission du ministre .
Novossibirsk est un grand centre universitaire et économique russe en plein coeur de la Sibérie .

Le chantier du cosmodrome "l'Oriental" :

La Russie a besoin de ce nouveau cosmodrome pour son activité spatiale. Il est construit dans la région de l'Amour, Sibérie.

100 ouvriers y travaillent jour et nuit. Mais n'ont pas été payés depuis 3 mois. Ils se mettent en grève, 26 en grève de la faim. Ils s'adressent au ministère de la justice. En effet un article du Code Pénal prévoit de telles situations de non paiement de salariés par leur entreprise.

Le siège de cette entreprise est à Moscou où le scandale éclate. Il s'avère que le directeur avait embauché sa femme pour la modique somme de 800.000 roubles par mois, le salaire moyen russe étant de 31.200 roubles. 14 millions de roubles de l'entreprise auraient été volontairement bloqués par le directeur. Il a été licencié, l'affaire va suivre son cours devant les tribunaux .

Entre temps, la direction licencie les organisateurs du mouvement.
Les ouvriers licenciés expliquent qu'ils allaient quitter l'entreprise. Leurs familles ne les ont pas vus depuis des mois, ( la plupart de ces personnes viennent de la région de Saratov et un billet de train coûte 20.000 roubles ) elles se sont endettées pour vivre Ils disent " leur honte " de ne pouvoir assumer leurs responsabilités dans leurs familles. 60 salariés restent sur le chantier où le travail a repris.
Dans un autre quotidien, Kommersant, la direction récuse les licenciements et confirme que 60 personnes ont repris le travail . Ils étaient 100 .

Dans l'interview à Moskovskii Komsomolets ( MK ) un des salariés organisateurs est sans équivoque: oui, ils ont bien été licenciés pour les empêcher de rencontrer le dirigeant politique envoyé en urgence par le premier ministre.

La journaliste de MK, Natalia Vedeneeva, publie en fin d'article les rémunérations des responsables du pays, dont celle du président, 715.000 roubles par mois.

Les organisateurs de la grève ont été licenciés par la direction AVANT l'arrivée de Dmitrii Rogozine, vice-président du gouvernement de la Fédération de Russie. pour éviter leur rencontre.
Mais la presse, ici MK , veille et a réalisé une interview de ces salariés.

Rogozine, à gauche, rencontre les étudiants du chantier qui, eux, ne font pas grève.

Rogozine, à gauche, rencontre les étudiants du chantier qui, eux, ne font pas grève.

Publié dans société

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