Jénia-le-grand et les hibakusha.

Publié le par Boyer Jakline

La structure de ce bâtiment est restée debout,  a échappé à la destruction et témoigne .

La structure de ce bâtiment est restée debout, a échappé à la destruction et témoigne .

Hasard de mes lectures, enfin, pas complètement hasard, car les bombes lancées les 6 et 9 août 1945 par l'armée américaine sur Hiroshima et Nagasaki font partie de ces événements que je n'arrive pas à intégrer : comment ont-ils pu ?

Hasard tout de même, la librairie bordelaise que je vous recommande, La Machine à Lire sur une des plus belles places de Bordeaux, avait mis en bonne place la réédition en poche de Notes de Hiroshima de Kenzaburô Ôé, prix nobel de littérature en 1994 .

Ecrit en 1965, après deux séjours de l'écrivain dans ce lieu,1964-1965, traduit en 1996 (il n'y avait pas d'urgence, apparemment !), il vient d'être réédité en poche.
Kenzaburô Ôé y fait un récit détaillé des lieux, des hommes, des rescapés, les hibakusha, " blessés par irradiation",  ce que signifie ce mot .

Il dessine les portraits des survivants, de leur douleur, de leurs gestes, de leur dignité,  attitude qui l'a le plus marqué. " Surtout, ne pas se taire ", tel est leur leit-motiv .
Il analyse le pourquoi de la décision américaine. Colère froide, il écrit un texte de témoignage. texte politique, moraliste et philosophique, dans une comparaison entre Hiroshima et l'Apocalypse de la Bible, parallèle dense et hypothèses qui interpellent.
Texte important. Kenzaburô Ôé se plaint du silence qui règne autour de cet événement unique, inique, de l'histoire de l'humanité .
Lire comment les médecins sur place, eux aussi irradiés, soignent les blessés et comprennent, découvrent à l'examen des corps la nature de la bombe qu'ils viennent de recevoir sur la tête...

Entendre cette grand mère, seule rescapée, qui répète sans cesse " si la bombe n'avait pas été lancée, elle ne serait pas tombée " .

Les américains installent un institut qui va étudier les dégâts sur les corps, mais ne va pas soigner. Pendant 7 ans , l'armée américaine va occuper le Japon, et il sera INTERDIT par le Code de la presse de parler des bombardements...

La question de la responsabilité est partout présente. Celle des rescapés  qui ne se suicident pas, (toujours en italiques dans le texte ).
Celle du commandement américain, bien sûr .

 Eatherly pilotait un avion chargé d'étudier les conditions météorologiques avant le largage de la bombe sur Hiroshima . Finalement, c'est lui qui a donné le dernier feu vert... Il a par la suite et toute sa vie souffert de troubles mentaux, venant d'un sentiment de culpabilité, comme l'a déclaré un psychiatre du Département des vétérans de l'armée américaine.  L'honneur de l'Amérique. 

Ici quelques enseignants emmènent des lycéens visiter Auschwitz . Est-ce qu'en Asie des lycéens vont à Hiroshima ?


Or, voilà qu'au détour d'un témoignage, j'ai revu Jénia, mon ami Jénia, le soviétique, le russe, le communiste soviétique. Ingénieur atomiste de premier plan, il fit partie de la première expédition à Tchernobyl en avril 1986. Quelques années plus tard, il partit dans une ville éloignée de sa famille, et on le trouva mort dans son hôtel, complètement transparent, il ne restait plus rien dans son corps, irradié à ???degrés .

J'ai appris ensuite par sa femme, mon amie aussi, qu'il avait déjà subi une première irradiation en 1957 à Tchéliabinsk, lors d'un accident dans une centrale, mais, à l'époque, motus, nul n'en a rien su, à part la population locale. Mon amie non plus d'ailleurs. Elle a découvert la réalité de la vie de son compagnon lors de l'hommage qui lui a été rendu dans son institut, à sa mort.

Elle a surtout compris pourquoi dans ces dernières années, Jénia buvait de la vodka à pleins seaux et revenait chez lui dans des états inimaginables :

l'alcool ralentit les effets de l'irradiation, voilà ce que j'ai lu dans un témoignage à Hiroshima .
Physiciens et chimistes doivent étudier sans doute le phénomène .

Je te salue, Jénia, toi qui m'as expliqué tant de choses sur ton pays, l'URSS, que tu aimais tant et pour lequel tu étais si inquiet !

Jénia le grand, car ton fils fut aussi Jénia, le petit...

Hiroshima, aujourd'hui.

Hiroshima, aujourd'hui.

Publié dans vaste Russie

Commenter cet article