Mes vendanges russes : Albina et Xénia.

Publié le par Boyer Jakline

Pour boire le thé brûlant...
Pour boire le thé brûlant...
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Voilà un site où vous trouverez beaucoup d'informations sur la Russie, le monde à l'Est, et l'Extrême Est, Ukraine et Donbass compris, dans un regard, le plus souvent, proche du mien . Autre site de désintox !

Lors de mon dernier séjour en Russie, les rencontres se sont multipliées, car je me suis beaucoup déplacée, bien que sur la carte de la Russie, mes déplacements aient l'air de sauts de puce!

Mes rencontres imprévues ont été riches : partout, une envie de parler, de se dire très forte que ma non moins grande disponibilité rendait possible. Beaucoup de fraîcheur dans ces rencontres car, en province, peu d'habitudes encore de parler avec des étrangers surtout venant de cet "occident " qui leur mène la vie si dure. C'est ainsi que c'est vécu . Bref des gens pas blasés, reproche essentiel fait le plus souvent par ces provinciaux aux moscovites, " enfants gâtés ". On sait bien que le niveau de vie y est bien supérieur. mais cette généralisation n'est pas juste car, pour les avoir vus partout, je sais que sur les chantiers moscovites, nombreux, tadjiks, et peuples du Caucase n'ont pas la vie douce. Et foule de russes vus dans le métro qui n'avaient pas d'allure " d'enfants gâtés ".
Je me souviens d'avoir bavardé avec un chauffeur de taxi venu du Caucase. Un charmant garçon, qui me raconta qu'il était là pour envoyer de l'argent chez lui. Je compris à son récit qu'il avait moins de 40 ans. mais, visiblement, sa vie n'avait pas été douce . Il ne pensait qu'au retour chez lui ..."Migrants " comme on dit ....

Le train, ancien système, semblable à nos " Corail ", bon marché, permet de rencontrer des jeunes gens . Ici ce furent deux jeunes femmes: Albina et Oksana, versions ukrainienne de Ksénia, me précise-t-elle.

L'une venait de Samara, l'autre de Nijni Novgorog, comme moi . Les deux se rendaient à St Pétersbourg: Nijni-St-Pétersbourg : 22 heures de train ..Samara-St-Pétersbourg, j'en ai perdu le fil...près de 40 h. Wagon " assis", la formule la moins chère . Ceux qui vont voyager le plus longtemps mettent habits d'intérieur, pantoufles, quelle que soit la génération.

Chaque wagon a son responsable qui vous contrôle, mais aussi vend du thé et des sucreries. Dans le couloir, près de son compartiment, un gros samovar vous donne de l'eau brûlante. Le verre de thé, devenu collector, un sachet, sucre + l'eau, vaut 12 roubles . Ksénia ne prend que l'eau chaude, elle a son verre et ses sachets. Elle a des biscuits, du lait concentré ( un produit dont raffolent les russes) des pommes : de quoi tenir un siège . Evidemment, elle m'en propose très vite. Je résisterai quelque heures, le temps d'arriver au goûter.

Le train parcourt 400km en 9 h.... Ce qui était un mystère pour moi s'est éclairci : il s'arrête une dizaine de fois et suivant l'importance de la gare ces arrêts vont de 20mn à 1 heure . Cela permet de sortir se dégourdir les jambes, fumer, acheter boisson et nourritures, si vous n'en êtes pas déjà blindés ! Nous bavardions de si bon coeur que nous ne sommes jamais sorties!

Elles répondent à mes questions volontiers : que vont elles faire à St-Pétersbourg. Et derrière le but de leur voyage se dessinent leurs projets de vie. L'une s'est installée là-bas, a un travail alimentaire ...en attendant . Mais il lui fallait quitter sa ville natale, explique-t-elle, et changer d'activité pour avancer dans sa vie . L'autre va à un stage de coaching, 3 semaines

Elle a laissé sa petite fille de 4 ans avec le papa, que j'ai vu, car père et fille l'ont accompagnée. Il vient de perdre son emploi . Il va s'occuper de leur enfant . Elle aussi veut changer d'orientation .Elle a une formation littéraire; a travaillé comme monitrice dans une colonie de vacances . Je crois comprendre qu'elle était institutrice . Elle reste floue .Quel tour donner à sa vie ? D'où le stage de coaching. Son mari travaillait dans le secteur bancaire. Licencié, il cherche aussi dans un autre domaine . Plusieurs conversations me diront la même chose : les emplois dans le secteur bancaire, après avoir été le miroir aux alouettes, sont très critiqués : bas salaires, peu de droits . Ce qui est frappant dans toute ces conversations c'est ce qui ressort du désir de maîtriser sa vie, et avoir une vie professionnelle riche . Et la vision d'une société qui le permet . Il y a beaucoup de choses à faire, socialement utiles et personnellement intéressante .
L'une d'elle me parle sans cesse de sa maman, dont elle est très proche et très fière : peintre en bâtiment, cette dame va prendre sa retraite, l'année prochaine, à 50 ans, car "c'est un métier dur ". Quand elle se promène dans sa ville, cette dame montre tel bâtiment et fièrement vante son travail.... Il est question aussi beaucoup de lecture . Cette jeune femme lit beaucoup. Là, elle a en main " Une année en Provence " de Peter Mayle . Je me souviens que ce fut un best seller chez nous. Je le lui dis . Elle voit mon livre " l'île Crimée". Je lui parle d'Axionov, du livre et de sa mère Evguénia Guinsbourg ( Le vertige ). C'est une histoire qui concerne beaucoup de gens dans le monde, lui dis-je, mais vous d'abord, c'est votre histoire . Elle ouvre son portable et note les titres de tous ces livres. " Je ne lis que sur recommandation ". Nous avons échangé nos contacts facebook et v kontakte, version russe .

Elles vont sans doute voir et se faire traduire cet article.
Pour moi, c'était le visage de cette nouvelle Russie, que j'avais déjà découvert, le plus souvent dans mes contacts professionnels .

Ce pays a changé, change tous les jours. Nous continuons à les voir avec les anciens clichés, martelés ad nauseum. Ils sont pétris du passé soviétique et de plein pied dans cette Russie nouvelle qui cherche sa place comme ces jeunes femmes.

Publié dans vaste Russie

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