Studio blanc....Белая студия.

Publié le par Boyer Jakline

Les chaînes publiques russes abondent en émissions culturelles.
J'en affectionne deux en particulier " Ligne de vie ", où une comédienne, un comédien rencontre dans une salle de théâtre son public et se raconte, sur scène, répond aux questions sans "modérateur ". Cela dure une heure et demie et c'est très riche. les Russes adorent le théâtre et les comédiens. Il y a, à la fois familiarité et respect affectueux entre eux.
Et puis, il y a " Studio blanc". Beaucoup d'acteurs de la vie culturelle russe passent par ce studio, mais quelques étrangers aussi: Antonio Banderas, Pierre Richard, que les Russes adorent, Ralph Fiennes...et bien d'autres.

"Studio blanc" car pas de décor, un fond blanc et deux chaises en vis à vis.
Diffusion très tardive.

Dimanche soir dernier, zappant je suis tombée sur l'émission. J'en ai été récompensée. Moment de grâce et d'intelligence.

 Moment de réflexion autour d'un thème omniprésent en Russie: " Russie, où cours tu ?" Tel n'était pas le thème, mais c'est ainsi que je l'ai analysé. Retour sur l'histoire récente, les "valeurs" de la société, celles qui permettent à un peuple d'aller de l'avant et celles qui le perdent. Retour très critique sur les années 90.

En fait le cinéaste Nikolaï Lebedev, 49 ans, né à Kichiniev, Moldavie, et Daria Zlatopolskaya, qui dirige l'émission, conversait avec passion autour de films qu'il a aimés dans son enfance, ceux qui l'inspirent aujourd'hui.

Il fut question des dessins animés qui l'ont nourri dans son enfance. ( Actuellement, le dessin animé Macha et l'ours a été vu plus d'un milliard de fois sur youtube. J.B).

 Il fut question de Martin Scorsese, " Le temps de l'innocence", qui " montre l'impossibilité de l'amour et la dureté et la duplicité de l'épouse souriante ", de " Vertigo " d'Hitchcock, où le héros tue ce qu'il aime.

Du " Pont des espions" de Spielberg, analysé du point de vue politico-moral. Pourquoi le public russe le percevait mieux que le public américain. Des rapports de l'État et de l'individu, le premier manipulant et opprimant le second. 

Hommages appuyés aux films soviétiques et leurs grands réalisateurs, qui ont fait école à Hollywood, tous les fondateurs du cinéma mondial Eisenstein, Koulechov, totalement disparus du paysage russe...

Mais sans doute cette émission et ce réalisateur indiquent leur retour. L'intérêt de leur conversation tenait en ce qu'ils traitaient de ces films du point de vue de la morale, des valeurs qu'ils portent. Rien sur la " technique ": pas d' effets de caméras ou de débats sur les plans.

Ses deux derniers films ont été encensés par la critique et ont connu un grand succès public.

" Équipage " est un blockbuster, sorti le mois dernier.

 La peur est un sentiment qui intrigue le public; c'est aussi un sentiment qu'il veut susciter dans ses films.... c'est ainsi qu'il est présenté sur le site de l'émission.


Je n'en ai vu aucun....pour l'instant.

La guerre est omniprésente, semble-t-il, dans son oeuvre.

" Mais pas les chars, pas  les combats" explique N. Lebedev, " mais les personnes, comment elles font dans un tel enfer ".

Son grand père, un oncle sont morts aucombat près de Vienne en 1945. Son père a cherché toute sa vie ces tombes. En vain.

Le traumatisme de la guerre encore et toujours. Montrer des hommes ordinaires et exemplaires.

La guerre, terrible, ne fut gagnée que parce qu'ils étaient exemplaires. Il ne dit pas ces mots...Il le montre dans l'extrait de film que l'émission diffuse.

Il évoque tous ces grands cinéastes de l'epoque soviétique qui ont fait un grand cinéma plein d'humanité. Je cite ceux que l'on a pu voir ici:  "Quand passent les cigognes ", primé à Cannes. Le 41e. Puis au début des années 80 " Moscou ne croit pas aux larmes ", très beau portrait de femme et de héros positifs dans une société soviétique, telle qu'elle fut peu montrée ici.

Évoquant les années 90, il dénonce le cynisme valorisé, le slogan très révélateur de l'époque : " si tu es intelligent, pourquoi tu n'es pas riche? " Le désarroi avait saisi les gens honnêtes.

" On nous disait, nous vivons dans un autre pays, nous devons être différents. Il nous faut vivre différemment. On nous avait déjà dit ça une fois, en 1917. Ceux des années 90 les critiquaient fort et ils ont fait pareil. On ne peut pas avancer, si on ne sait pas ce que l'on a derrière nous. Nommer ce qui est bien bien, ce qui est mal mal. Un voleur voleur, un tricheur tricheur. Qui ne savait pas s'adapter à ces nouvelles règles était stigmatisé, perdu.

 Or c'est grâce  à ces gens là que nous sommes toujours là. 

Nous avons besoin de héros bons, de héros positifs, c'est notre façon d'être, notre mentalité."

Il fut question de bien d'autres choses encore.

Toujours le parti-pris de la personne humaine et la réflexion sur le monde russe.

Un regard de l'intérieur sur le monde russe. Loin de tout cliché.

Nikolaï Lébédév, l'invité, Daria Zlatopolskaya, l'hôtesse.
Nikolaï Lébédév, l'invité, Daria Zlatopolskaya, l'hôtesse.

Nikolaï Lébédév, l'invité, Daria Zlatopolskaya, l'hôtesse.

Publié dans la vie comme elle va

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