Pourquoi la Russie n'est pas l'URSS (1)

Publié le par Boyer Jakline

Elisazéta Alexandrova-Zorina, photo publiée dans MK avec son article.

Elisazéta Alexandrova-Zorina, photo publiée dans MK avec son article.

Dans mon tour de la presse russe, je m'attarde régulièrement sur le site du quotidien MK, moskovskii komsomolets, quotidien soviétique qui continue sa publication. Représentatif d'une certaine opinion, ni franchement pro, ni férocement contre Poutine.

Il y a des journalistes qui sont là depuis longtemps et témoignent d'un certaine continuité dans l'analyse des situations.
Ils ont des collaborateurs ponctuels . C'est ainsi que je suis tombée sur l'article que je vous propose. Attirée par le titre, puis appréciant la pertinence de l'analyse, bien que radicale.
Ce qui est intéressant, c'est ce qu'elle dit de la Russie actuelle. Ce qu'elle en dit est partagée par bien des russes de toutes générations.

Cet article a été publié le 4 juillet dernier.

Evidemment, je suis allée me renseigner sur l'auteur, Elisavéta Alexandrova-Zorina.

Née en 1984 à Léningrad, elle avait donc 7 ans à la fin de l'URSS. Elle l'a connue dans sa petite enfance, puis son adolescence s'est déroulée dans le chaos de l'effondrement

. Privatisations, banditisme, assassinats. Lisez les polars d' Alexandra Marinina, beaucoup sont traduits. Elle a fait oeuvre de documentariste. C'est noir-noir. et pas noirci à loisir ! Toute proportion gardée, c'est Rome ville ouverte ou Allemagne année zéro, quand les créateurs fixent dans leurs oeuvres des moments de rupture totale.

Pour revenir à notre éditorialiste, j'apprends qu'elle est écrivain et publisciste, catégorie littéraire très répandue en Russie, entre l'essayiste et le pamphletiste, publié déjà. Vit à Moscou.

Elle a publié des articles critiques dans de nombreuse revues, en Russie (Sibérie) aux USA, Canada, en Estonie. Elle est lauréate du prix littéraire " Etoile du Nord ".

Parcourant le site qui lui est consacré, je découvre un continent ! Une jeune femme qui n'aime pas les dérives consuméristes de la société actuelle qui avilit l'homme..

Elle a connu peu de temps l'ancien système et sans doute est-il enjolivé en comparaison de ce qu'elle voit et vit aujourd'hui.

Par exemple : " Pourquoi une banderole portant les mots: nous construisons le communisme doit provoquer le rire, et pas une affiche où une jeune femme nue promet le bonheur grâce au pepsi-cola ?".
Voilà pour le ton!

Une critique dit d'elle qu'elle ne laisse pas indifférente, certains l'approuvent, d'autres la contestent avec vigueur. Donc, pour nous, une plongée dans l'état d'esprit de cette Russie, dont on nous rebat les oreilles, mais qu'on ne donne jamais à voir.

Pourquoi la Russie n'est pas l 'URSS.

Article publié dans MK le 4 juillet et signé Elizaveta Alexandrova-Zorina.

La Russie est saisie par la nostalgie de l'URSS. Tout ce qui est soviétique est à la mode : symboles, histoire, art, disco-rétro, parades militaires, rassemblements populaires, discours des politiques avec des accents de guerre froide....

Tout cela ressort plutôt de la parodie, mais trouve un écho dans les cœurs.

En psychologie, il existe la notion de transfert, décrit par Freud. Il s'agit d'un phénomène inconscient qui transfère d'une personne à une autre des sentiment éprouvés en particulier dans l'enfance.

Ce transfert-nostalgie de l'URSS, s'explique par l'utilisation qu'en font nos hommes politiques pour servir leurs objectifs.

Beaucoup ont dans le passé soviétique leur jeunesse, leur santé, des émotions positives ( pas forcément liées avec le régime) leur bien-être psychologique ou matériel, et des résultats impressionnants de l'Etat, dont on peut être encore fier aujourd'hui.

Sans réfléchir à l'égalité sociale ou la socialisation des moyens de production, les russes très irrationnellement, transfèrent leur amour pour le passé soviétique ( la plus souvent leur propre passé et non celui du pays) à ce pouvoir qui exploite sans retenue symboles et mythologie soviétiques.

Alors que notre pays n'a jamais été aussi éloigné de ce passé comme aujourd'hui .

En quoi la Russie actuelle rappelle-t-elle l'Urss ?

Hymne, Olympiades, Hokkey, tanks, fusées, militarisation, conflit avec l'Ouest. Espionnite et dissidents. Le Parti, l'irrévocabilité du chef. Et encore par la rhétorique et les manifestations. Mais pas par la réalité. En paroles nous avons « plus haut, plus vite, plus fort » et « En avant, la Russie ». mais dans les faits, le scandale du dopage, la corruption dans tous les sports, la destruction des écoles et sections sportives( place prise par la Chine!!!). Dans l'industrie cosmique tout est tellement mauvais, qu'il nous reste encore et toujours Gagarine pour être fiers.

Les enfants ont droit à un semblant d'éducation au patriotisme, mais l'école soviétique ne faisait pas que ça, elle donnait aussi un enseignement. Nos enfants ne font que marcher au pas. Aujourd'hui l'école est détruite à la racine. Poésie et physique ne sont plus au goût du jour, ni les nôtres, ni venant de l'étranger. Cette Russie ressemble à l'Urss, comme un homme habillé en jupe ressemble à une femme.

La Russie d'avant la révolution connaissait aussi la répression contre les opposants. Il suffit d'évoquer l'okhrana ( police secrète) tsariste, réduisant espions et provocateurs au statut de clandestins, des procès pour l'exemple et des déportations, des châtiments sans crimes et des crimes sans châtiments.

Pourquoi la Russie actuelle n'est pas l'URSS ?


La question centrale est celle des moyens de production.Ils sont soit privés, soit socialisés.

Chez nous, c'est le capitalisme ou c'est le socialisme. J'ai grandi dans une ville industrielle au delà du cercle polaire. A l'époque soviétique, les gains produits par l'activité industrielle allaient au budget de la ville.L'argent était dépensé en construction et entretien d'écoles, hôpitaux, institutions sportives et de santé, maisons de la culture, de pionniers, écoles de musique....De nos jours, le budget de la ville, qui se trouve sur le site d'une très riche ressource minière, est fait de dotations,et est complété par les aides du petit et moyen business et des contribuables.
Bien sûr, comme avant, la statue de Lénine est là, sur la place principale, mais les revenus de l'entreprise monopole partent dans une c-ie suisse. Qui appartient au fait à des oligarques russes. Ceux-ci exportent les ressouces naturelles et leurs bénéfices partent à l'étranger.

Seul un dispensaire reste de l'ensemble des hôpitaux, le complexe sportif est devenu un centre de loisirs avec bars et discothèque, le centre de réhabilitation une maison de retraite, la majorité des écoles a fermé, salaires et postes de travail ont baissé de façon catastrophique et la population de la ville a diminué du tiers. On peut décorer la ville de portraits de Staline et obliger la population à marcher au pas avec des drapeaux rouges, mais quelle URSS est-ce là ? Rues Karl Marx et statues de Lénine n'ont rien à voir avec le marxisme-léninisme.

Le citoyen soviétique, par comparaison avec le citoyen de la Russie contemporaine, jouissait de protection sociale convenable ( suivant les normes de l'époque) : cela comprenait la médecine, l'éducation, le logement, les loisirs.
Au passage, la médecine n'était pas aussi mauvaise qu'il est de bon ton de le dire aujourd'hui. Ses nombreux défauts étaient compensés par son accessibilité, sa gratuité et son champ d'intervention .

L'OMS la plaçait parmi les meilleures médecines du monde et jusqu'aux années 90, hormis la psychiatrie et la gérontologie, elle ne cédait en rien à la médecine américaine.

Lors de la visite de Nixon en URSS en 1972, un accord de coopération fut signé stipulant que les USA travailleraient sur les maladies cardio-vasculaires, et l'URSS sur les affections oncologiques. Jusqu'à la fin des années 80, il n'y avait pas un seul laboratoire, où ne se menassent pas reflexions théoriques et expérimentations ( dans les dernières années tous les résultats furent vendus en Occident, au prix convenu de 100 dollars chacun. Ce qui n'a pas été vendu, a éte laissé à l'abandon ) Aujourd'hui l'OMS place notre médecine au 130e rang et si, en 1990 il y avait dans le pays 12.800 hôpitaux et 21.500 polycliniques, aujourd'hui ce sont 5900 et 16.500. Et ce n'est pas fini.

à suivre

Publié dans vaste Russie

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