Mais que veut donc Vladimir Poutine ? (1)

Publié le par Boyer Jakline

Ô tempora, Ô mores!

Ô tempora, Ô mores!

En publiant une série d'articles d'analyses géopolitiques, je pense à cet ami russe qui, découvrant mon blog, s'était étonné de ce caractère.
Mais suis je la seule à être très préoccupée par la tournure que prend la situation internationale et le rôle négatif qu'y joue l'Etat français. Ce qui explique en partie le fait que nous manquions au minimum d'informations d'analyses, permettant une autre lecture de ce qui se passe sous nos yeux, soit une transformation du monde.

Il y aura donc là l'analyse de ces deux jeunes spécialistes français. J'y ajouterai, une fois n'est pas coutume, une interview de l'inusable Noam Chomsky qui analyse lui la conception du monde de l'Etat américain.

A l'arrivée, quelques clés pour y voir plus clair, j'espère. Car, vu de l'est et de l'ouest, comme tout s'emboîte!

Quelques éléments de bio de Alexandre Del Valle et Mika Mered :

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France Soir, Il Liberal, etc), il intervient pour le groupe Sup de Co La Rochelle et des institutions patronales et européennes et est chercheur associé au CPFA (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Mikå Mered est maître de conférences associé, spécialiste de l'économie politique des zones Arctique et Antarctique, à l'Université des Sciences Appliquées de Laponie (Finlande), et expert-évaluateur auprès de la Commission Européenne pour les questions arctiques.

Publiée le 9 août sur le site Atlantico, une analyse percutante qui ne surprendra pas les lecteurs de ce blog.

Ce qui est remarquable dans la position russe c'est sa constance, depuis le discours de Munich en 2007, pour contester la construction d'un monde unipolaire, derrière les USA et l'Union européenne. Et, oeuvrer, autant faire se peut, à la construction d'un monde multipolaire qui correspond à l'aspiration de nombreux peuples.

" Ce mardi, Erdogan est en déplacement à Saint-Pétersbourgo Une visite qui lui permet de signifier aux Occidentaux qu’il a d’autres options stratégiques. Si la Russie et la Turquie sont des ennemis historiques, elles ont un point commun : une volonté, partagée par d’autres (Chine, Inde, Japon, Brésil) que l’Occident cesse de s’ingérer dans les affaires intérieures d’états souverains. Ainsi, l’objectif de la Russie. est d’être à la tête d’une communauté internationale refusant l’hyperpuissance américaine et fondée sur un ordre multipolaire.

Poutine est-il en train de gagner son pari de faire de Moscou une vraie alternative à Washington ?

Atlantico : Ce mardi, Erdogan est en déplacement à Saint-Pétersbourg. Cette visite intervient dans un contexte de réconciliation entre la Turquie et la Russie à la fin du mois de juin 2016 et d’un refroidissement des relations turquo-occidentales. En 2013, Vladimir Poutine exposait la position qu’il souhaite défendre en matière de relations internationales à travers la publication officielle du Concept de politique étrangère de la Fédération de Russie.

Selon lui, cette politique internationale doit s’axer autour de la coopération multilatérale afin que la voie russe apparaisse comme une alternative à celle des Américains et des Chinois. Plus de trois ans après ce document, la Russie est-elle en passe d’atteindre son objectif ?

Alexandre Del Valle :

Je pense que ce n’est pas simplement le fait de la Russie mais de l’évolution du monde dans son ensemble qui est de plus en plus multipolaire (même si c’est plutôt une tendance qu’une réalité). En effet, le monde reste dominé par les acteurs occidentaux : l’essentiel des organisations internationales ont été créées et continuent d’être pilotées par l’Occident, la Chine est un nain militaire par rapport à la Russie et aux Etats-Unis et la Russie elle-même, si elle se veut l’égalel des Américains, a un budget militaire de très loin inférieur à celui des Etats-Unis.

Néanmoins, il est vrai que l’objectif de la Russie, s’il n’est pas tout à fait atteint, est en passe de l’être. Par ailleurs, c’est une belle revanche pour Poutine après un tour de force où il a été assez dur vis-à-vis d’Erdogan, de voir ce dernier, « déçu » par les Occidentaux après le putsch manqué, venir lui « manger dans la main » sur son propre terrain. Néanmoins, avant les tensions récentes entre Poutine et Erdogan, cette tendance au rapprochement existait déjà : les économies turques et russes sont très complémentaires. Du fait de réalités bilatérales incontournables, les deux pays ont besoin l’un de l’autre économiquement et énergétiquement. Les tensions ne pouvaient donc pas durer très longtemps. un peu comme entre Ankara et Israël. Ainsi, Erdogan a fait croire que le pilote qui a abattu l’avion russe était en fait proche des

putschistes : il a trouvé une pirouette pour s’excuser sans s’excuser et garder la tête haute tout en faisant le premier pas vers Moscou. Il est par ailleurs intéressant de constater que la façon très ferme dont Poutine a réagi vis-à-vis de la Turquie (contrairement aux Européens qui se laissent intimider par Erdogan) a fonctionné : la Turquie est un pays qui respecte beaucoup plus les dirigeants à poigne comme Vladimir Poutine que la mollesse des dirigeants européens de surcroit divisés et à la remorque des Etats-Unis et dépourvus de vision propre et de leadership

Mika Mered :

2013 était surtout une réaffirmation de la doctrine Primakov : la Russie est une puissance culturelle et morale qui doit agir proactivement ou réactivement pour préserver son indépendance d’action et d’expression. Les trois maîtres-mots sont : indépendance stratégique, liberté dans la capacité d’action et de parole, et respect des souverainetés nationales. Ces trois dernières années ont été le prolongement de ce qui avait été engagé par Vladimir Poutine depuis son tout premier mandat et l’on peut aisément observer que la mission est remplie. En effet, qu’il s’agisse de la préservation du « cordon sanitaire » avec l’influence directe en Crimée et en Ukraine, de la réforme des médias internationaux avec RT et Sputnik, de l’interventionnisme dans le Caucase et en Asie Centrale, de l’action au Moyen-Orient, du spatial avec le rapatriement de la base de lancement, du renforcement des liens économiques avec l’Inde, la Chine et le Japon, de la réorganisation de son armée ou encore de la réaffirmation solide de ses prétentions sur l’espace Arctique, la Russie a su se réinventer et redevenir l’incarnation d’une troisième voix/voie, celle d’une puissance indépendante d’envergure mondiale qui compte.

Seul bémol, et pas des moindres : l’économie russe est à la peine, victime directe de cette stratégie d’indépendance stratégique et d’interventionnisme. L’enjeu pour Poutine sur sa fin de mandat est désormais de démontrer aux Russes — et aux occidentaux — comment l’économie russe pourrait ne plus pâtir de cette politique étrangère proactive. Cela passera à très court terme par l’accentuation de la part des apports humains et en capitaux chinois, comme nous le voyons notamment en Arctique et dans le Grand Est depuis trois ans. Mais, il faudra donc dans un second temps que la Russie démontre qu’elle peut être tout aussi indépendante de la Chine qu’elle ne tente de l’être de l' »Occident » malgré l’importance des investisseurs chinois dans l’économie russe.

Dit autrement, pour garder sa position d’indépendance et d’influence majeure dans le monde, la Russie est désormais condamnée à opérer un mouvement de balancier perpétuel entre l’Occident d’un côté et la Chine de l’autre.

Dit encore autrement, en allant au-delà du concept de « pivot vers l’est », la Russie est vouée à utiliser tantôt l’Est pour s’affirmer vis-à-vis de l’Ouest et vice-versa pour assurer son indépendance stratégique. Aujourd’hui, Moscou est dans une phase où elle utilise les apports économiques de l’Est pour s’affirmer politiquement vis-à-vis de l’Ouest ; il viendra un temps où la balance s’inversera et où Moscou devra utiliser les apports économiques de l’Ouest pour se réaffirmer politiquement vis-à-vis de l’Est......

à suivre....

Publié dans du grain à moudre.

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