Mais que veut donc Vladimir Poutine ? (2)

Publié le par Boyer Jakline

Le temps que je m'interroge sur l'opportunité de la publication de cette analyse sur mon blog et voilà que la question réapparaît dans nos médias...Arte, 28', le 19 août. Et les théories les plus fumeuses sont développées. Il faut une journaliste portugaise sur le plateau pour qu'un peu d'objectivité soit entendue.

A suivre ensuite pour fermer le ban géopolitique l'analyse de Noam Chomsky réalisée en interview en janvier 2013 et publiée dans un ouvrage en 2014. A moins que lui aussi ne fasse partie du soft power mis en place par le tout puissant Poutine !

Atlantico, suite et fin.

Quelle est la conception russe des relations internationales ? Comment cette conception s’est-elle matérialisée ?

Alexandre Del Valle:

La conception russe des relations internationales est très claire et est exprimée sur le site Internet de l’Organisation de la conférence de Shanghai comme par Vladimir Poutine lors des rencontres économiques de Saint Pétersbourg ou de ses nombreuses déclarations de politique étrangère.

La Russie appelle de ses vœux un monde multipolaire, plus équilibré, moins « unilatéral » : cet ordre post-guerre froide est régulièrement décrit et souhaité par le président Poutine, et par l’essentiel de la classe dirigeante russe, à commencer par le ministre des Affaires étrangères russe Serguei Lavrov, réputé pour son brio et son professionnalisme.

La Russie veut jouer un rôle non pas de leader mondial concurrent des États-Unis, ce qui est impossible sur le plan financier et Poutine le sait bien, mais de leader des pays qui ne sont pas forcément dans un rapport négatif vis-à-vis de l’Occident mais qui veulent bâtir une alternative à l’unilatéralisme occidentalo-étatsunien. Ces pays veulent un monde plus multipolaire, plus partagé ainsi qu’une réforme d’un certain nombre d’organisations internationales et une renonciation aux interventions militaires contre des pays souverains comme les Etats-Unis ont l’habitude de faire depuis la chute de l’ex-Union soviétique. La Russie de Poutine ambitionne certes de parler d’égal à égal avec Washington en matière de politique étrangère, comme on le voit en Syrie notamment ou avec les dossiers iranien ou ukrainien.

Mais Poutine veut surtout que l’Occident prenne en compte les intérêts de la Russie dans son « étranger proche », ce qui inclut des pays clefs comme la Géorgie, l’Arménie, la Biélorussie, la Transnistrie, la Moldavie ou bien sûr l’Ukraine.

Moscou ne supporte plus que sous prétexte de défense des « droits de l’homme » les Etats-Unis utilisent le « droit d’ingérence » pour violer la souveraineté des Etats et nuire aux intérêts de Moscou et des ses alliés (Irak de Saddam Hussein, Syrie de Bachar al-Assad, Libye de Kadhafi, Ex-Yougoslavie de Milosevic, Ukraine de Ianoukovitch). La Russie veut être celle qui va empêcher les relations internationales d’être « déséquilibrées » par l’hyperpuissance américaine. Cette vocation de redevenir comme à l’époque des Tsars une « puissance » qui empêche le déséquilibre et favorise un nouveau « Concert des Nations souveraines » est la doctrine officielle de la Russie poutinienne et l’Occident devrait parfois en tenir davantage compte plutôt que de diaboliser ce pays et même l’humilier.

Mais il ne s’agit pas de haine vis-à-vis de l’Amérique de la part de Moscou et de Poutine, c’est beaucoup plus compliqué que cela et l’Occident atlantiste caricature bien trop souvent la vision russe de l’Occident et des Etats-Unis. En effet, Poutine faisait partie, lorsqu’il a commencé sa carrière politique, du « clan pro-occidental dit de Saint-Pétersbourg », à l’époque dirigé par l’ex-Maire de la Ville Anatoli Sobtchak. Poutine était pro-européen et favorable à une coopération avec l’OTAN lorsqu’il est arrivé aux affaires.

Mais les Occidentaux, aveuglés par leur soi-disant « victoire » sur l’Union soviétique assimilée à tort à la Russie (qui en fut pourtant la première victime), ont déçu cet amour qui s’est transformé en ressentiment car l’OTAN comme l’Union européenne et bien sûr les Etats-Unis ont défié la Russie affaiblie dans les années 1990-2000 sur son propre terrain et dans son pré-carré, d’où la réaction de plus en plus vive de Vladimir Poutine qui veut désormais parler d’égal à égal avec les Etats-unis et attend de l’Occident que l’on respecte les intérêts russes. Poutine ne ferme par les portes et veut toujours collaborer avec les Européens et les Occidentaux, mais à condition que ceux-ci cessent d’être arrogants et qu’ils cessent de se mêler des affaires internes des pays stratégiques pour la Russie, que cela soit par des « révolutions de velours » ou par des interventions militaires dont les conséquences ont d’ailleurs souvent été désastreuses pour tout le monde en plus de nuire à des pays alliés de Moscou. Si le principe de non-ingérence était respecté et si l’Occident respectait le pré-carré russe, les relations avec les pays de l’OTAN, l’UE et les Etats-Unis pourraient être assez bonnes.

En résumé, le but de Poutine n’est pas d’être le leader d’une contre communauté internationale anti-occidentale, mais il veut favoriser un ordre international multipolaire, où chaque Etat-pivot stratégique et chaque pôle de puissance est maître « chez lui », dans sa « zone respective » sans chercher à empiéter sur les intérêts des autres. Les Occidentaux ont du mal à comprendre cela, et c’est bien la pierre d’achoppement avec Moscou comme avec Pékin, Ankara, Téhéran, Le Caire, Damas, etc. Selon Vladimir Poutine, le principe de souveraineté nationale est fondamental, et la position américaine selon laquelle la souveraineté nationale ne doit pas être un prétexte aux massacres et à la tyrannie n’est pas recevable.

Le chef du Kremlin réussit-il à fédérer autour de cette idée sur la scène internationale ? A quelles alliances nouvelles cela pourrait-il donner lieu ?

Alexandre Del Valle :

On sait que la Turquie est un rival historique de la Russie (les contentieux possibles sont nombreux tout comme avec la Chine). La Chine et la Turquie sont deux pays ennemis historiques de la Russie et pourtant, ils s’entendent avec la Russie sur le fait que l’Occident doit cesser d’intervenir dans leurs affaires internes.

C’est aussi ce que demandent le Brésil, l’Inde, l’Indonésie, l’Egypte, l’Algérie, etc. Au nom des droits de l’homme, du « droit d’ingérence » ou de la « responsabilité de protéger » (des concepts formulés par les démocraties occidentales qui ont été intégrés petit à petit par les Nations Unies), a eu lieu une dérive qui remet en question le principe de base du droit international qui est le respect des souverainetés et la non-ingérence dans les affaires internes des autres Etats.

En effet, la base du droit international de la paix et de la guerre est que tant qu’un Etat n’a pas agressé un autre Etat, il n’y a aucune raison de lui faire la guerre.

Ces dernières années, le droit international et les Nations unies ont été instrumentalisés par les Occidentaux (Irak, ex-Yougoslavie, Libye, etc) au nom d’une lecture anti-souverainiste et néo-impériale des relations internationales masquée avec la sacro-sainte défense des droits de l’Homme à géométrie variable… Ceci a créé un déséquilibre et explique la révolte d’un certain nombre de pays du monde en voie de multipolarisation qui n’aiment pas forcément la Russie (pays d’Asie centrale et Iran ayant rejoint l’OCS, Turquie, etc.) mais qui se rapprochent de Moscou afin de contrebalancer l’hégémonisme états-unien et occidental jugé « arrogant ». En effet, ces pays n’étaient pas forcément anti-occidentaux au départ, mais ils ne veulent plus supporter cette hypocrisie interventionniste sous couvert de « droit-de-l’hommisme » qui risque un jour d’ailleurs de se traduire par un renversement de leur propre pouvoir!

L'intégralité sur le site d'Atlantico.

Cette carte, " comment la Russie s'approche des bases américaiens" signe qu'elle veut la guerre suivant la fable que raconte l'OTAN, ne tient cependant pas compte des dernières décisions prises par l' Atlantique Nord, bien loin désormais, et visant à renforcer sa présence....

A voir cette carte il est aisé de comprendre que, parlant de la Russie, je vous parle de nous!!

Plus je regarde cette carte, plus je la trouve effrayante pour l'Europe. Voilà où nous en sommes. Gardez moi de mes "amis"...

Publié dans du grain à moudre.

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