" Celles qui faisaient la navette ", celnocnitsy.....

Publié le par Boyer Jakline

Celles qui faisaient la navette, c'est le titre d'une courte série, 16 épisodes sur quatre semaines, diffusée à partir du 3 octobre.

Les Russes ont inventé un mot pour ces femmes qui faisaient la navette entre la  toute nouvelle Russie et la Turquie. Ce sont les années 90, maudites aujourd'hui, où le pays fut à vendre. Sept oligarques s'emparèrent de la majorité des richesses du pays.

Comme l'Occident l'aimait, cette Russie là, offerte , à l'encan !

Cette mini-série relate ce moment, vécu à hauteur des femmes et des hommes de ce pays, sommés de s'adapter.  Tous étaient perdus, ne comprenant pas ce qui se passait.

Au début, il y eut des manifestations. Puis 1993 et Boris ELTSINE fait assiéger et bombarder  le Parlement contre les députés récalcitrants. Combien de morts? Beaucoup parmi eux...

Et vint leur époque. L'époque de " celles qui faisaient la navette". Elles vendaient, échangeaient, apportaient au pays ce qu'il n'y avait pas. Et il n'y avait rien.

Un épisode montre nos quatre héroïnes, débarquant pour la première fois à Istanbul et ses marchés comme des enfants dans la caverne d'Ali Baba. " Comment se fait-il qu'il n'y ait rien chez nous ? ". Moscou va se transformer pour quelques années en immense caverne d'Ali Baba. Des marchés partout, sur le modèle de souks. 

J'ai vu cette Moscou là. C'était incroyable. Aux sorties des stations de métro s'étendaient de longues files de vendeurs occasionnels. Les objets posés à même le sol. Le plus frappant, c'était des vieilles dames qui vendait qui une tasse en faïence, qui un livre.

La série ne montre pas cela.

Elle s'attarde sur ces femmes, jetées au chômage, femmes d'officiers, sans argent, qui vont être recrutées. C'est une réalité d'une brutalité inouïe qui s'abat sur le pays.

Les instituts de recherche licencient leurs professeurs et doctorants, qui deviennent taxis ou livreurs, quand ils ne partent pas en Europe ou aux USA faire des enseignants qualifiés et...peu payés. Mais c'est toujours mieux qu'en Russie.

Elles vendaient, échangeaient, apportaient au pays tout ce qui manquait. Et tout manquait.

Tout disparaissait des étals en un clin d'oeil : grenouillères pour bébés, survêtements, collants, sweat-shirts, tout passait entre ces mains abîmées par les lourd ballots et sacs  de linges et de vêtements.

La série donne aussi à voir le choc des mentalités: vendre sur des marchés, c'est l'opprobre dans la petite ville garnison. 

Bien vue aussi la prise en main de ces trafics par des mafias et la surexploitation de ces femmes. Chahutés aussi les couples et les vies de famille. Les ados cherchent des petits boulots. Se nourrir pose problème. Quant à se soigner....

J'ai regardé avec plaisir cette série, car j'en ai connu de ces femmes, parmi les enseignants de l'école avec laquelle j'avais organisé un échange lycéen. Une allant jusqu'en Chine, pour acheter des anoraks chauds et pas chers....

La télévision offre régulièrement des séries,ou films qui permettent de revenir sur l'histoire récente, sorte de catharsis collective.
Du coup, apparaît mieux la résistance générale aux difficultés actuelles et l'expression souvent employée " ce serait un péché de se plaindre" pour répondre à mes questions.
Ce qui n'empêche pas une sourde inquiétude.


 

Publié dans la vie comme elle va

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