1917-2017 : plus qu'une commémoration de la révolution d'Octobre.

Publié le par Boyer Jakline

Lénine: qu'est-ce que le pouvoir soviétique. Un des premiers enregistrements, un des rares, de la voix de Vladimr Illitch.

Tumultueux début du XXe siècle.

A peine sortons nous des commémorations morbides des grands massacres de la première guerre mondiale, avec un petit reset en 2018, que nous voilà dans l'année 17. Un centenaire qui va provoquer d'immenses débats, en Russie au moins. Mais ailleurs également.
Je dis " débats" en même temps je sais que les mensonges, les contre vérités, les réécritures n'ont jamais cessé. En Russie déjà. Et sans attendre l'année 17. Enjeu passionné du devenir du monde, la Révolution d'Octobre est là, comme un sommet à gravir, un géant à abattre. Suivant d'où vous la regardez.
J'accompagnerai donc cette année, modestement, entre informations et commentaires (comment taire...!)

La plus répandue, grossière, ancienne chez nous " en Occident ", mais reprise comme version quasi officielle dans la nouvelle Russie des années 90 du XXe siècle, c'est celle du coup d'état,  du putsch, réalisé par une poignée d'énergumènes, qui vont s'avérer sanguinaires, et en prélude, l'arrivée d'Allemagne dans un wagon plombé du leader " charismatique " comme on dirait aujourd'hui, cadeau empoisonné de l'Allemagne à la Russie tsariste pour hâter sa chute, en plein conflit mondial.

Habituée à cet argumentaire, j'ai quand même eu du mal à l'entendre en Russie.

Depuis, les esprits se sont calmés, et le débat, un vrai débat, a lieu, ente les tenants de la version " putsch" et ceux qui pensent qu'un tel chambardement, tenir tête à l'Alliance, France Angleterre Allemagne, venue épauler les armées tsaristes n'était possible que grâce à un très large soutien populaire. Révolution. 

J'ouvre la page et cette rubrique. Je reviendrai sur ce que j'écris là, comme une prise de position.

 

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impressons 16/01/2017 08:07

Trotsky, dans Histoire de la révolution russe. "Le bolchevisme conquérait le pays. Les bolcheviks devenaient une force irrésistible. Derrière eux marchait le peuple. Les doumas municipales de Cronstadt, de Tsaritsyne, de Kostroma, de Choula, élues au suffrage universel, étaient entre les mains des bolcheviks. Ceux-ci obtinrent cinquante-deux pour cent des voix aux élections des doumas du rayon de Moscou. Dans la lointaine et paisible ville de Tomsk, de même qu'à Samara, nullement industrielle, ils se trouvaient à la première place dans la douma. Sur quatre syndics du zemstvo du district de Schlusselbourg, trois bolcheviks furent élus. Dans le zemstvo du distrist Ligovsky, les bolcheviks réunirent cinquante pour cent des voix. Cela ne marchait pas aussi bien partout. Mais, partout, il y avait une modification dans le même sens : le poids spécifique du parti bolcheviste s'élevait rapidement.

La bolchevisation des masses se manifestait cependant beaucoup plus clairement dans les organisations de classe. Les syndicats groupaient dans la capitale plus d'un demi-million d'ouvriers. Les mencheviks qui conservaient encore entre leurs mains la direction de certains syndicats se sentaient eux-mêmes devenir des survivances de la veille. Quelle que fût la partie du prolétariat qui se rassemblât et quelle que fussent ses tâches immédiate, elle en venait inévitablement aux conclusions bolchevistes. Et non par hasard : les syndicats, les comités d'usines, les groupements économiques et culturels de la classe ouvrière, permanents et temporaires, étaient contraints par toute la situation de poser, à propos de chaque problème particulier, une seule et même question : qui donc est le maître à la maison ?

(...)
Non, le pouvoir des soviets n'était pas une chimère, une construction arbitraire, l'invention de théoriciens de parti, Il montait irrésistiblement d'en bas, du désarroi économique, de l'impuissance des possédants, du besoin des masses ; les soviets devenaient en réalité le pouvoir - pour les ouvriers, les soldats, les paysans, il n'y avait pas d'autre voie. Au sujet du pouvoir des soviets, le temps n'était déjà plus de chercher des raisonnements et des objections : il fallait le réaliser."

Lénine, cité par Trotski (même ouvrage). "Au cours des journées de la Conférence démocratique, Lenine écrit au Comité central : " Ayant obtenu la majorité dans les Soviets des deux capitales.., les bolcheviks peuvent et doivent prendre en main le pouvoir de l'Etat... " Ce fait qu'en majorité les délégués paysans de la Conférence démocratique truquée votaient contre la coalition avec les cadets avait à ses yeux une importance décisive : le moujik qui ne veut pas d'alliance avec la bourgeoisie n'aura plus qu'à soutenir les bolcheviks. " Le peuple est las des tergiversations des mencheviks et des socialistes-révolutionnaires. Seule notre victoire dans les capitales entraînera les paysans derrière nous. " La tâche du parti : " Mettre à l'ordre du jour l'insurrection armée à Piter et à Moscou, la conquête du pouvoir, la subversion du gouvernement... " Personne jusque-là n'avait posé si impérieusement et ouvertement le problème de l'insurrection."

Boyer Jakline 17/01/2017 08:19

Il semble que dans mes lecteurs il y ait des afficionados de la Grande Révolution d'Octobre, comme on disait en URSS. Bienvenue à eux car dans ces temps de commémorations, nombreux seront les contempteurs !

Didier 09/01/2017 12:31

Les bolchéviks étaient le parti le moins minoritaire de tous les partis en présence.

impressons 07/01/2017 11:07

Coup d'Etat il y eut le 7 november 1917, ce n'est pas là que porte la calomnie. Un coup d'Etat est nécessaire, dans la plupart des révolutions, pour déposer le pouvoir exécutif failli, surtout quand la classe révolutionnaire est une classe opprimée qui ne dispose d'aucun appui dans l'appareil d'Etat.
Minoritaires, les bolchéviks l'étaient aussi, certes, ce n'est pas là non plus que porte la calomnie. Les bolchéviks n'en doutaient pas eux-mêmes, d'où la crainte de certains devant l'impatience de Lénine à déclencher l'insurrection armée. Dans ce pays composé à 90% de paysans qui tenaient encore majoritairement pour les SR, il fallait du temps, des mois, pour que des yeux obscurcis se décillent.
La calomnie classique porte sur le rôle des autres partis et classes en Russie. Leur rôle est généralement embelli. Or à ce moment-là, en novembre 1917, la dynamique politique était en faveur des bolcheviks, que ce soit dans les usines, où ils étaient majoritaires depuis quelques mois, ou même dans les classes moyennes ou la paysannerie, où leur programme radical séduisait de plus en plus, parce qu'il correspondait à ce que voulait le peuple : la paix, la terre, le pain.
Depuis mars 1917 et le renversement du tsarisme, tous les autres partis "démocratiques", bourgeois ou mencheviks, s'étaient déconsidérés, avaient montré devant les masses que leur politique consistait à défendre les intérêts des classes dominantes. Les masses en avaient assez.
Tout cela est vigoureusement mis sous silence, le plus souvent, quand on parle d'octobre 1917.
Si les bolchéviks n'avaient pas eu cette dynamique politique grâce à leur programme mis en application immédiatement, ils n'auraient pas pu compter sur des millions de travailleurs des usines et de la terre dévoués, pour qui le nouvel Etat (avec son armée, forcément rouge, fondée début 1918 à Lougansk) est apparu comme leur Etat.
Les bolchéviks craignaient de finir comme le prolétariat parisien et les Communards, massacrés au bout de 70 jours en 1871 pour ne pas avoir réussi à se lier à la paysannerie française. Si leur sort a été autre, c'est parce que leur programme a correspondu aux intérêts profonds des classes exploités russes, et parce qu'ils l'ont mis en application avec les masses, en leur faisant confiance. C'etait le parti de la classe ouvrière, dans la classe ouvrière.
Ce fut une révolution sociale, prolétarienne, qui a détruit l'ancien Etat de choses pour tenter d'ériger un régime de type nouveau, un nouvel Etat, un demi-Etat (la dictature du prolétariat), préalable à la disparition de l'Etat. La guerre civile terrible qui a suivi, et l'absence de révolutions ailleurs en Europe, n'a pas permis aux travailleurs russes de mener jusqu'au bout la construction de ce régime de type nouveau, communiste.

Boyer Jakline 07/01/2017 12:02

Je saurai faire bon usage de toutes ces précisions..
Merci.