" Ils n'en mouraient pas tous, mais tous étaient frappés " : les Russes et la corruption

Publié le par Boyer Jakline

Pendant que chez nous se déroule une campagne électorale calamiteuse où briguer la plus haute responsabilité du pays peut se faire même quand vous avez la justice à vos trousses, et il semble que ce ne soit pas fini, il est question de conflits d'intérêts pour Macron et même, dit-on, pour Hamon,  seuls les candidats dits de l'extrême gauche ou de la gauche extrême en réchappent, phrase indigeste, et bancale, volontairement...

 donc pendant ce temps, que pensent les Russes de la corruption dans leur pays ?

Sondage Levada à l'appui, la première réalité qui s'impose c'est que la corruption n'est pas niée. Au contraire, le citoyen de base considère qu'elle est présente " de haut en bas de la société". Comme une plaie avec laquelle il faut vivre ? Peut-être, peut-être pas... Voir plus loin.

Le gouvernement et le président en ont fait un objectif prioritaire. Mais aucune illusion dans la population. Le premier ministre, Dmitri Medvedev, vient d'être montré du doigt pour avoir des " châteaux ? ", des résidences luxueuses ? " Chargé " sur les réseaux sociaux.

De nombreuses séries policières ont des héroïnes flics incorruptibles se heurtant à la corruption jusque dans la police, où elle est dénoncée et même moquée.

L'opposant quasi officiel Alekséï Navalny, qui a annoncé sa candidature pour l'élection présidentielle de 2018, et il a lui aussi de nombreuses " casseroles" pas toutes inventées par le pouvoir, a fait de la lutte anti-corruption son cheval de bataille. Il a un site, une télé sur le net et mène ses combats, dénonce.

Je traduis le commentaire des résultats du sondage Lévada sur ce sujet, publié dans la presse, le journal RBK,

ПОЧЕМУ РОССИЯНЕ ПРОЩАЮТ ПОЛИТИКАМ КОРРУПЦИЮ?/

Pourquoi les Russes pardonnent-ils la corruption à leurs politiques ? ( On pourrait s'arrêter là !)

Tant que l'autorité du pouvoir suprême est élevée, les citoyens sont prêts à fermer les yeux sur beaucoup de choses. Mais difficile de croire qu'il en sera toujours ainsi.

L'enquête du Fonds de la Lutte contre la Corruption (FLC) sur les possibles malversations du premier ministre Dmitrii Medvedev n'est pas la première du genre de l'équipe de Navalny. Avec quel effet ? Par exemple l'enquête menée par le FLC sur le procureur général Youri Tchaïka en décembre 2015 a été connue de 15% environ de la population ( 23% en ont entendu parler et 62% l'ont appris lors d'une interview de l'intéressé). Ces chiffres correspondent à peu près à l'audience des médias indépendants. 

«Сверху донизу» " De haut en bas ".

Mais, supposons que de larges couches de la population aient eu connaissance de ce nouvel épisode? Comment cela influerait-il sur la relation des citoyens avec le pouvoir? Il serait peu nombreux en s'en étonner. L'enquête menée en février 2016 indiquait qu'un quart des Russes étaient persuadés que notre pouvoir est atteint de corruption " de haut en bas ", et 50% que le degré de corruption était élevé. Quand des scandales font du bruit, cela ne fait que jeter de l'huile sur le feu, faisant la démonstration d'une corruption généralisée des fonctionnaires de tout niveau...pensent-ils.

Mais cela n'induit pas une mauvaise opinion de leur activité. En témoigne avec éloquence l'histoire de l'ancien maire de Moscou, Youri Loujkov et sa femme, Eléna Batourina. Selon nos sondages de 2009, plus de la moitié des moscovites croyaient aux rumeurs de corruption les concernant, mais seulemnt 49% pensaient que Loujkov devait démissionner et plus de 60% avaient une opinion positive de son action à la tête de la ville. Ce qui en forme proverbiale donnerait : " qu'il vole, pouvu qu'il travaille !"

 

 

Lorsque le ministre des finances, Alekséï Oulioukaiev ° fut arrêté, 38% des personnes interrogées considéraient que cela nuisait au président Vladimir Poutine mais sur fond de procès, la côte de popularité du président ne faiblit pas, grandit au contraire. Peut-on en tirer la conclusion que ces scandales touchant des haut fonctionnaires ou des ministres renforcent le système ? Ce n'est pas tout à fait comme ça.

 Extrait de presse RBTH :
15 novembre 2016 EKATERINA GROBMAN, RUSSIA DIRECT : le ministre des finances arrêté
À la suite de toute une pléiade de gouverneurs, hauts fonctionnaires et patrons de grandes entreprises qui ont troqué leurs fauteuils confortables contre des lits de prison, le ministre russe du Développement économique Alexeï Oulioukaïev vient lui aussi d’être arrêté. Fin de l'extrait.

 La question de la côte de popularité

L'important, me semble-t-il, c'est le contexte dans lequel se déroulent ces affaires. Tant que l'autorité du pouvoir est grande, les gens sont enclins à pardonner beaucoup. Mais en cas de popularité à la baisse, tous les manquements se rappelleront au bon souvenir. Les campagnes de Navalny nommant le parti Russie Unie " parti des voyoux et des voleurs " a fonctionné sur fond de fort mécontentement à l'égard du pouvoir ( lors de la campagne présidentielle en 2011/2012. J.B). Mais ce slogan fut oublié lors du rattachement de la Crimée à la Russie, qui renforça le pouvoir et tout le système politique.

Aujourd'hui toute critique est inefficace, mais cela durera-t-il ?

Lors du Maïdan et du scandale autour de l'enrichissement de Yanoukovitch, il en fut ici pour noter que, comparé à la richesse de l'élite russe, il faisait pâle figure. Aujourd'hui, la Résidence de Yanoukovitch abrite une école maternelle et l'ancien président est en exil.

Leçon qu'il convient de ne pas oublier. Si le pouvoir russe ne peut garantir la croissance économique, un niveau de vie en progression et engager une vraie bataille avec les malversations, si l'écart entre riches et pauvres contnue à grandir, cela peut mal se terminer.

Les Russes se sont fait une raison de la corruption ? Ce n'est pas ce que disent les chiffres suivants : seulement 15% de la population pense que la corruption peut être entièrement éradiquée. Mais plus de la moitié des citoyens pense que l'on peut " réduire substantiellement " malversations et prévarication.

Denis Volkov

Publié dans société

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