Au revoir, Evguenii Evtouchenko !

Publié le par Boyer Jakline

Evguenii Evtouchenko.

Evguenii Evtouchenko.

Le connaissez vous ?

" Poète non conformiste et soutien du régime soviétique " dit le Parisien ce dimanche 2 avril.  Peut être. Il était de son pays, défendant les dissidents dont il ne partageait pas les idées, profitant de l'aura dont il jouissait auprès du pouvoir : années 60 et 70, années Brejnev en particulier. Il ne vivait plus dans la " nouvelle Russie ", où il ne se reconnaissait pas. Y venait souvent, car il y était toujours très aimé, comme une icône.

Il a souhaité être enterré à Pérédelkino, le village des écrivains, non loin de Moscou, à côté de Boris Pasternak. Son voeu sera exaucé.

Sur Dmitrii Bykov, se reporter à mon article du 27 décembre 2015.

Iossif Brodskii ( 1940-1996), poète, expulsé de l'URSS en 1972 pour " parasitisme social  (!)", prix Nobel de littérature. Très apprécié des milieux intellectuels soviétiques. Il est enterré à Venise.

L'hommage de Dmitrii Bykov à la TV Rain. ( 2 avril).

" Une voix sans compromis à l'égard du pouvoir.

Evtouchenko fut toujours comparé à Iossif Brodski. Ils furent les cavaliers d'avant garde de deux camps ennemis. Ce n'était pas seulement les bataillons de Moscou et Pétersbourg. C'était l'underground et l'art officiel, la poésie intellectuelle, et la poésie populaire.

Mais ensuite on s'aperçut que par son caractère intellectuel, la tension de sa pensée, il était très proche de Brodski. Chez Brodski aussi il y a beaucoup de vers de circonstances, par ex. " l'imitation d'Horace ".

Pas de vainqueur dans cette comparaison. Il est inexact de dire, que, auréolé du Prix Nobel, Brodski est le champion. Evtouchenko s'était rangé du côté des vivants, Brodski, du côté des morts, qui sont toujours plus nombreux.

Il avait pris le côté des vivants, qui se trompent , qui souvent s'engagent sur le mauvais chemin, mais cela ne le rend pas plus faible, car ce qui est important ce n'est pas d'avoir raison ( cela n'existe pas ). Ce qui est important, c'est d'exprimer le plus remarquablement son point de vue et qu'il devienne un fait d'art. En ce sens, la conscience qu'exprimait Evtouchenko ne le cédait en rien à ce que représentait Brodskii....

 

Les années 70, la période soviétique la plus complexe, sont le plus clairement, le plus pleinement exprimées dans les meilleurs textes et de Brodskii et d'Evtouchenko. ..... Lire " le cri  en automne de l'épervier " de Brodskii, " le monologue du renard bleu " de Evtouchenko....

Il n'eut pas de compromis avec le pouvoir. Il comprenait qu'il était sa vitrine et sa voix, mais ne s'y soumettait pas. Il y avait à cette époque une niche pour un intermédiaire entre le pouvoir et le peuple. Aujourd'hui, le pouvoir n'en a rien à faire du peuple, donc cette niche n'existe pas. mais dans les années 70, elle existait. Le pouvoir avait besoin de faire passer quelques une de ses inetentions, et il lui était nécessaire de recevoir un signal en retour. Il avait du respect pour ce pouvoir et en retour ce pouvoir était attentif à son opinion. Et dans cette niche bien inconfortable moralement, il reçut beaucoup d'ondes positives. "

 

 

Lire son poème Babii Yar. Et son " Les russes veulent-ils la guerre " (voir mon article du 23 mars 2015. texte russe et traduction )

Vladimir Pozner lui rend hommage,  extraits

:

" J'ai fait sa connaissance quand j'avais 25 ans et lui 26...ensuite il est parti aux USA et c'en fut fini de nos rencontres.

 

Je me souviens parfaitement de son époque de floraison, la moitié des années 50, 60, et ce quatuor : Vosnessenski, Akhmadoulina, Rojdenstvenski, Evtouchenko. Ils incarnaient ce que l'on a appelé le dégel. Temps de grandes espérances, de la foi qu'enfin ce qui avait été promis par la Révolution adviendrait. Bien sûr, ce ne fut pas le cas, mais il y eut un moment ces espérances,  c'était une époque lumineuse....

Je me souviens de ces stades couverts pleins à craquer de spectateurs venus écouter de la poésie. La police à cheval devait les contenir....Aujourd'hui peut-être cette police serait nécessaire pour pousser les gens vers des soirées poétiques... 

 

Ces textes sont un témoignage de ce que fut l'URSS tardive, incompréhensible pour un grand nombre d'entre nous !

Un mot après l'attentat de St-Pétersbourg le 3 avril. Encore un attentat. je ne veux pas énumérer le nombre d'attaques qu'ont subi les Russes depuis les années 90. Je rappelle qu'il y a un an un avion décollant d'Egypte et se rendant à St-Pétersbourg fut descendu par l'Etat Islamique au dessus du Sinaï,  17 novembre 2015. 224 victimes.
Ici l'attentat a été perpétré par un kamikaze kirghize de 22 ans qui avait acquis la nationalité russe et vivait en Russie depuis 6 ans.

Les autorités pensent nécessaire de rétablir des visas avec les pays d'Asie Centrale de l'ex URSS. Une pensée pour ces nouvelles victimes.

Publié dans société

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