Les rêves d'Alexandra Kollontaï.

Publié le par Boyer Jakline

Alexandra Kollontaï( 1872-1952 ) est une des actrices majeures de la Révolution d'Octobre.

Issue d'une famille noble pétersbourgeoise, elle s'intéresse aux idées marxistes dès la fin du XIXe siècle.

Intellectuelle, écrivaine, elle vient par son père d'une famille de cosaque ukrainien, son père est général de l'Armée russe, et, par sa mère, de paysans finlandais enrichis. Le début de XXe siècle la trouve à Zurich, dans les milieux révolutionnaires, Berlin où elle rencontre Kautski et Rosa Luxembourg, Paris où elle fait la connaissance des Lafargue.

Dès 1899 elle adhère au parti social-démocrate russe. Puis, après un passаge chez les mencheviks, elle adhère en 1915 au parti bolchevik.

Elle est membre du comité exécutif de Pétrograd qui décidera l'assaut du Palais d'Hiver le 25 octobre ( 7 novembre) 1917.

 

En 1918 elle est nommée commissaire du peuple à la santé. Elle crée le " département des femmes " en 1919. Elle est à l'origine de 2 décrets : un sur le mariage civil,  abolissant le mariage religieux et établissant l'égalité des époux, un autre sur le divorce, pour le faciliter. Elle établit également l'égalité de droits des enfant légitimes et nés hors mariage. Elle mène des politiques publiques contre l'analphabétisme des femmes.

Ce département sera supprimé en 1930.

Elle quitte le gouvernement en 1918, en désaccord avec l'accord de Brest-Litovsk, paix séparée avec l'Allemagne. La guerre civile la voit en Ukraine où elle dirige le département politique, puis le secteur propagande dans la république de Crimée.

Elle a sur les droits des femmes des idées extrêmement libres et modernes. Ces thèses, complexes, sont souvent ramenées à " la théorie du verre d'eau" : adepte de l'amour libre, elle critique les pratiques du mariage et de la sexualité monogamique.  Faire l'amour, ce n'est ni plus ni moins compliqué que boire un verre d'eau. Tout rapport religieux et confiné à l'acte sexuel est un geste petit bourgeois, qu'elle critique vigoureusement.

De quoi faire bondir la ministre russe actuelle de la famille et quelques autres chez nous !

Bien sûr son activité politique est bien plus riche. Elle prend part aux débats internes dans le parti bolchévik, dans la fraction " opposition ouvrière " .
Elle bénéficia toujours de la bienveillance de Lénine.

Ambassadrice du jeune état soviétique, elle fut une des premières femmes à occuper un poste de ce niveau.

Sa carrière d'ambassadrice : 1923 représentante du jeune état bolchévik en Norvège, 

1930-1944 : représentante de l'URSS en Norvège, avec un épisode diplomatique aux USA et Mexique en 1926-1927.

1944-1945 : ambassadrice en Suède.

Or, voilà que dans le numéro du 10 mai 2017 d'un hebdo, je trouve un extrait d'un de ses articles. Écrit en 1930,  ce texte s'inscrit dans une chronique :  " dans 48 ans ", alors qu'elle était désormais  " la grand mère rouge ".
Les visions de la vie en ...1970.

Traduction

 La vie reprend son cours et tout fonctionne raisonnablement. Chacun a sa spécialité et son activité préférée. La rédaction du journal, en 2017.

" On appelle spécialité ce travail qu'accomplit chaque membre de la commune pendant les deux heures quotidiennes qu'il consacre à la vie en commun. Tout le temps qui reste, chacun le consacre à son activité, science, technique, art, enseignement, perfectionnement de l'activité au champ.

Filles et garçons s'activent dans les mêmes spécialités. La vie est organisée de telle façon que l'on vit non pas en familles, mais par groupes d'âges : les enfants " dans des palais de l'enfant ", les jeunes gens, filles et garçons dans des maisonnettes pleines de joie, les adultes dans des habitations communautaires, organisées suivant les goûts, les personnes âgés dans des maisons de repos mérité.

Dans ces communes il n'y a ni riches, ni pauvres, ces mots ont été oubliés. Les membres de la commune ont tout ce qu'il faut pour ne pas penser au quotidien, aux besoins matériels : Vêtement, nourriture, livres, distractions, tout est fourni au membre de la commune.
La commune n'a pas d'ennemis, car tous les peuples voisins, les nations ont établi depuis longtemps leurs communes et le monde entier est une vaste commune. La jeune génération ne sait plus ce que c'est que la guerre...

Des mots tels que " capitaux, seigneurs, propriété privée, même  "front", même situation  d'urgence", même " spéculateurs et commandos défensifs(1) ..." ne sont plus que des mots d'histoire. Les enfants les apprennent à l'école, quand on leur raconte " les grandes heures de la Révolution".

- Et toi, grand mère rouge, tu as déjà tiré sur un homme ? une homme vivant ?

Les yeux de ces jeunes gens s'emplissent d'étonnement, de reproche, d'incompréhension. Tirer sur un homme vivant ? La vie, c'est sacré...!

Et la grand mère se tait....Je ne vais pas mettre le feu dans ces coeurs de jeunes gens avec les récits de nos exploits sur les barricades du monde entier au cours  des années " du dernier combat décisif  ".

Alexandra Kollantaï, révolutionnaire, femme politique, écrivain.

 

Finalement, ce mode de vie, par génération, conforme à une certaine tradition russe du " mir ", communauté paysanne, semble préfigurer nos colocations et autres habitats partagés des séniors...

(1) il s'agit de commandos qui protégeaient trains chargés de grains, voies ferrées d'éventuelles attaques de spéculateurs.

Remarque: ce texte a été écrit en ....1922, soit au sortir de la terrible guerre civile.
La rubrique du journal était " la vie dans 48 ans " et non dans 40 ans.

Relisant le texte russe, j'ai noté mon erreur. Cela donne encore plus de dimension à ces rêves !

 

Alexandra Kollontaï " la fille de la Révolution ".

Alexandra Kollontaï " la fille de la Révolution ".

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