Ligne directe et humeur...

Publié le par Boyer Jakline

Hier, 15e édition de " ligne directe", Vladimir Poutine en direct avec les citoyens.

4 h et 2 minutes plus tard, c'est fini.

Dernière question de la journaliste : est-ce la dernière ligne directe ? 

Réponse: s'il y en a une, elle sera directe, botte en touche le Président.

À plusieurs reprises l'allusion a été faite à une éventuelle nouvelle candidature aux prochaines présidentielles de 2018. Mais nous n'en saurons rien.

Allusion aussi à Navalny sans que son nom ne soit cité.

En réponse à une question d'un jeune homme, le président précise : oui, il faut parler avec tout le monde, oui, les citoyens ont le droit de défendre leur point de vue, même dans la rue. Mais utiliser les problèmes pour sa propre carrière, c'est rajouter aux problèmes, et non vouloir les régler.

Voilà pour les points qui intéressent nos médias. 

Sinon, grande plongée dans la Russie, avec des correspondants aux quatre coins du pays et des questions en direct posées par les citoyens. Pour cette ligne directe là, ce sont les problèmes économiques et sociaux qui surgissent de toute part. En premier lieu, le logement ou le non logement. Du coup, je comprends mieux cette exaspération des provinciaux vis à vis des moscovites qui craignent la réhabilitation de leurs logements...
Des visions de logements qui sont autant de cris de détresse. On s'adresse au président pour demander de l'aide, ( excellente manière d'apprendre l'impératif du verbe aider...) quand toutes les autres démarches n'ont pas abouti. Vieille tradition russe, s'adresser au chef, au tsar devant l'incurie (?) la corruption(?) des dirigeants régionaux ou locaux.

Car, à plusieurs reprises, Vladimir Poutine déclare : il y a eu un budget fédéral dégagé pour ce dossier ( quand il s'agissait de  catastrophes naturelles). mais visiblement, aux yeux du pays et du monde entier, cet argent n'est jamais arrivé à destination. Mieux, dans certains cas, les autorités locales demandent de l'argent aux victimes pour intervenir..." J'ai prévu de venir dans votre région, je passerai vous voir... dit-il à plusieurs reprises.

La santé aussi, avec des hôpitaux qui ferment, des services d'urgence, et des morts en chemin...Beaucoup de témoignages poignants qui montrent cette Russie des laissés pour compte. J'ai déjà eu l'occasioin de le dire, ce pays est un pays ultra libéral, mais à la russe : à la fois plus féroce et avec un état plus interventionniste. Sur la pauvreté, le président cite d'entrée 3 chiffres: 40% de Russes vivant en dessous du seuil de pauvreté dans les années 90. 10% en 2012, 13% aujourd'hui. " Ce sera la priorité pour les 2/3 années à venir, le bien être de notre population" dit-il dans la conclusion. Nous verrons...

Pendant les questions-réponses, défilaient sur écrans les réactions d'internautes : " 3 mandats, ça suffit ". " Que Koudrine, ( le ministre qui veut  faire travailler jusqu'à 70 ans ) vienne lui dans mon usine le faire !" Bref, de la colère.

Parmi ce qui défilait il y eut aussi la citation,  vendue sur un tee-shirt à la gloire de Poutine " on n'abandonne pas les nôtres ". Un internaute demande " vous parlez des voleurs et des corrompus ?" 

Cette question sera posée à la fin à Vladimir Poutine : " ce ne sont pas les miens." Réponse sans hésitation.

Dans la salle, parmi les 200 invités, le directeur du Bolchoï, la directrice du plus grand musée de Moscou, la galerie Trétiakov, le directeur de Mosfilm, le remarquable cinéaste Karen Chakhnazarov dont j'apprécie toujours le positionnement politique. Il était venu à Bordeaux il y a quelques années présenter son film " le tigre blanc". Vous pouvez le retrouver sur ce blog.

De grands acteurs, de grands cinéastes, le président de la fédératio russe de football....bref, tout le gratin. ce qui fait de ce moment politique un moment typiquement russe.

 

 

 

Quant à l'humeur, présente dans le titre, elle concerne ce moment politique que nous vivons nous, Français. Les questions de démocratie, de liberté d'expression sont au coeur de l'arsenal de diabolisation de la Russie. L'affaire est entendue, la Russie est une quasi dictature.

Or nous voilà à l'acmée du potentiel anti démocratique de la Constitution de la Ve république qui se résume en 3 chiffres : 51.3% ( abstention aus législatives ), 16% ( des électeurs inscrits aux présidentielles pour le candidat Macron ) + de 400 députés au prochain Parlement ( sur 577). ce qui fait dire à un candidat : " il y aura moins d'élus d'opposition dans l'Assemblée Nationale française que dans la Douma du Président Poutine ".

Je ne doute pas que les Russes vont analyser cela....avec amusement. 

( Ils avaient déjà commenté la disparition des écrans et des infos de Occupy Wall street...)

Publié dans société, humeur, Politique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article