Les vrais gens, retour à Toutaïev.

Publié le par Boyer Jakline

Photo récupérée sur un site russe. En mai, les escaliers n'étaient pas enfouis sous la neige.

J'ai déjà écrit sur mon petit périple à Toutaïev, " banlieue " de Yaroslav. C'est une petite ville de pélerinage.

Sa cathédrale est remarquable par le grand suaire qu'elle abrite, grande toile noire, qui laisse apparaître le visage du Christ, comme sur le Saint-Suaire. Cette relique est sortie lors de la procession, en Août  je crois, qui permet aux pélerins de rallier les sept monastères qui entourent la Volga en partant du magnifique Tolga ( voir mon article sur Tolga, 4 septembre 2015).
Il y a ce jour là une fête paroissiale. Beaucoup de monde, des familles qui ne respirent pas l'opulence.
A l'intérieur, règne la ferveur religieuse autour des icônes authentiques et des bougies allumées. A l'extérieur, une kermesse, des stands, de la nourriture faite maison. Une petite estrade est montée où des personnes viendront chanter, non des chants religieux, mais des chansons populaires qui ont traversé les époques. Quelques prêtres dans leurs grandes robes noires et leurs barbes complètent le tableau.
J'ai refusé d'aller goûter la " kacha " maison proposée, et je pars " voir la Volga ", à laquelle je voue une grande admiration.
Un automobiliste, resté au volant, sans doute lui aussi loin de la ferveur religieuse, m'indique où la trouver. Question un peu ridicule, car elle est là, juste derrière la cathédrale, à 100 mètres.

 Une volée d'escaliers permet d'y descendre. Comme à Yatoslav, ou Nijni-Novgorod. Ou comme à Odessa, du Cuirassé Potemkine. 

Mais là, c'est la version " campagne ". des planches délimitent les marches. Tout un peu de guingois, comme les bancs sur le côté au départ des escaliers.

Deux hommes, plutôt âgés, sont assis là et la discussion s'engage.

Je ne sais pas à quel moment je leur dis que je viens de France. Il y a quelques années cette information aurait susciter chez mes interlocuteurs l'étonnement : peu de touristes occidentaux auraient pu se trouver là, à 400 km de Moscou.

 

Leur réaction, vive, est toute autre : " combien coûte une baguette de pain chez vous ? Et on peut se soigner? la médecine est chère ? Nous, ici, ce n'est pas possible, c'est comme en Amérique "... Ils parlent d'une seule voix... Jusqu'au moment où l'un s'écrie : " il faut tous les fusiller "... L'autre, se signant et montrant la cathédrale qui domine telle le Jugement dernier, dit " nous sommes tous responsables ".

Ils m'ont oubliée, les voilà partis dans leur âpre discussion.

Cet épisode rend compte de l'état d'esprit d'une partie de la population et des difficultés de la vie pour les simples gens.

" Fusiller ", ce verbe surgit quelquefois dans des débats télévisés, toujours dans la bouche du leader d'extrême droite, Vladimir Jirinovski, comme solution au problème qu'il vient de dénoncer. Dans un grand emportement.
Façon de caricaturer la période soviétique à laquelle il voue une haine féroce ? Ce que lui fait remarquer le journaliste modérateur....

Voilà comment ce pays vit, entre politique néolibérale et très récent passé soviétique, toujours d'une façon ou d'une autre convoqué.

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