5 novembre 2017, (1), sur la Place Rouge.
En choisissant de venir à ces dates, 25 octobre-8 novembre, j'avais comme objectif d'être là aux dates anniversaire. Le plus intéressant étant d'observer la société actuelle dans ce moment. J'ai déjà beaucoup écrit sur le sujet.
J'ai bien sûr mon appréciation sur cet épisode. En bref : non, Staline n'était pas contenu dans Lénine, pas plus que La Terreur de 1793 n'était en germe dans la philosophie des Lumières. Fermez le ban !
Là, mon intérêt allait vers la société contemporaine, bousculée et en recherche. Beaucoup de repères ont explosé.
Donc, hier avaient lieu les seules cérémonies partisanes de commémoration du Centenaire
Seul parti officiellement honorant cette date : le PC russe ou KPRF. Seul parti pour qui l'héritage n'est que positif. Se fixe pour tâche de proposer une autre politique que la très libérale actuelle, dure aux citoyens ordinaires. Il reçoit le soutien de 12 à 15% des électeurs, soit quasiment autant que l'extrême droite de Jirinovskii, omniprésent sur les plateaux TV.
Sur la période des années trente, le bilan que la commission créée par eux a établi est très loin des millions de victimes généralement admis, bien qu'il soit très difficile justement de l'établir.
Il est un fervent partisan d'une reconnaissance sans complexe du rôle de Staline.
Pour le Centenaire, le KPRF avait invité de nombreux partis étrangers et mouvements de gauche.
Tout ce petit monde avait RV sur la Place Rouge et Alexandrovskii Parc pour déposer des fleurs, à Lénine, au soldat inconnu....
Quand j'arrive sur les lieux, première surprise, l'accès à la Place Rouge est fermé par un cordon de police. Demi surprise car mes amis m'avaient prévenue.
Finalement, je vois des personnes qui sont entrés, se dirigeant vers Aleksandrovskii Parc. Renseignements pris, une entrée a été ouverte sur le côté. J'y accède et rejoins les quelques centaines de personnes qui attendent. 7 portiques de sécurité, un seul ouvert, la police de l'autre côté. Il y a là seulement des Russes de tous âges, en famille. " Ne peuvent passer que les représentants, sous entendu étrangers, et ceux qui ont des fleurs".
Je ne fais partie d'aucun de ces groupes, mais j'attends. Dans la foule, il y a un colonel pas jeune,en uniforme, il interpelle les policiers, tous très jeunes, sur le thème laissez entrer les gens ! Au même moment, une femme membre du KPR F, déjà sur place, s'approche des policiers avec la même demande.
D'autres personnes qui attendent s'énervent, ne comprennent pas. Et, miracle, un deuxième portique est ouvert. Je me glisse dans le flot, montre mon sac et me voilà sur Le lieu.
400 , 500 personnes, des drapeaux rouges, des drapeaux nationaux, beaucoup de jeunes étrangers, Brésiliens, Italiens, Catalans, avec qui j'échange deux mots, des Espagnols. Quelques Africains du Sud. On entend " el pueblo unido" des Chiliens., " Bella ciao" des Italiens.
Plus tard, sur la Place Rouge, je verrai des communistes ukrainiens et des drapeaux du Donbass.
Beaucoup d'émotion pour moi. Je pense à tous ces communistes qui ne sont plus et pour qui Octobre 17 a été un espoir unique.
Je vois tous ces jeunes gens pour qui c'est toujours une date exceptionnelle, tant de choses dans le monde demandent des changements ! Des révolutions ?
Parmi ces gens, il y a aussi quelques jeunes pères de famille russes avec leurs enfants. Ou encore 3 générations, grand mère, mère, petite fille.
Mais au final c'est bien peu de monde !
Ah, oui, quelques Français aussi, des communistes de Vénissieux.
Et puis là, une dame, russe, s'approche de moi, indignée, me prend à témoin : " regardez, il n'y a pas de journalistes, ce n'est pas normal". En effet, beaucoup de photographes mais pas d'organe de presse russe. Et de m'expliquer le caractère exceptionnel de la Révolution d'Octobre. Pour la Russie, pour le monde entier, " la peste rouge pour tous les possédants du monde, qui ont lâché du lest. Comment ne pas honorer ? "
Elle ajoute " Staline a tourné le dos à tout ça, mais Octobre reste unique"..... J'écoute, elle est intarissable.
Puis elle me quitte brusquement : " je vais à un rassemblement de l'opposition sur la Place Pouchkine "..... Décidément, ce pays est inclassable.
Pendant ce temps, Ziouganov s'est approché de la flamme du soldat inconnu et, seul face à deux jeunes gens de la garde officielle, dépose une gerbe.
Tous vont ensuite défiler.
Je rejoins ceux qui sont déjà passés et se dirigent vers la Place Rouge et le Mausolée.
Quand je réalise qu'il s'agit de faire la queue pour aller s'incliner devant Lénine, je décide que j'ai déjà donné..... Et, franchement, ma dernière visite qui remonte à des années, m'avait laissé une drôle d'impression.
Aux barrières dressées le long du Goum, des badauds regardent.
Je quitte tranquillement le lieu et je pars faire des photos du Mémorial aux victimes des répressions politiques. Vu hier, mais sans appareil photo !!!
Il y a beaucoup, beaucoup de monde partout, fête de l'unité du peuple et jour férié.....




