Sobibor, le Régiment Immortel : mes derniers jours à Moscou.

Retour à la maison. Un peu décalée. Un mois d'immersion totale dans la vie russe....
Les chaînes d'info diffusent ici les panégyriques du Président. Rien de nouveau. Ces mêmes chaînes stigmatisent l'info russe et son dévouement au président russe. Rien de nouveau.
J'ai suivi à la télévision " l'inauguration" du président, soit la cérémonie d'investiture de Vladimir Poutine. " C'était bien, tu trouves pas ? " m'interroge au téléphone une amie de province.
Par contre, ces mêmes amis ne veulent pas de Dmitri Medvedev, premier ministre. " Il n'a rien fait, comment peut il faire maintenant ?"
Rien, c'est au vu des objectifs fixés par le président et nommés les " oukazes de mai " , à savoir la lutte contre la pauvreté et multiplier par 1,5 le niveau de vie. Deux groupes politiques ont refusé à la Douma le soutien au " nouveau" premier ministre : le PC et Russie Juste, soit 53 députés sur les plus de 450. Les objectifs fixés son inatteignables sans changement de cap, disent-ils. Avec eux d'autres commentateurs politiques.
La société russe, très compacte derrière le président pour sa politique extérieure, manifeste ainsi ses préoccupations et ses exigences au plan intérieur. " Il faut arrêter d'envoyer tout notre argent en Occident." En effet les oligarques achètent en quantité des actions américaines... " Les plus juteuses" justifient ils. Mais pour qui ? La question semble désormais affleurer dans la société. Ces remarques me sont faites par des amis. Même si ils ont voté pour Vladimir Poutine.
À suivre...
J'ai profité de mon séjour pour voir les deux films vedettes sur les écrans moscovites.
" L'entraîneur " très distrayant, évoquant bien la passion du foot et tous les aléas des coulisses, sponsoring,rôle de l'argent dans ce milieu, ferveur populaire... Danilo Kozlovskii crève l'écran, passionné et en colère.
" Sobibor " emmène dans une toute autre histoire.
Il s'agit de l'histoire vraie de la seule révolte victorieuse dans un camp de la mort, en Pologne. Le soulèvement est initié et organisé par un officier de l'Armée Rouge, Alexandre Petcherski, juif lui aussi.
400 personnes s'évaderont, 100 mourront pendant l'évasion. 105 seront arrêtés par la population locale qui, soit les tuera, soit les livrera aux autorités allemandes. Les autres survivront et raconteront. L'officier repasse la ligne du front et reprendra le combat jusqu'à Berlin. Il est honoré dans sa ville, Rostov sur le Don, où un mur d'hommage lui est consacré.
Le film a été montré en avant première à Varsovie,qui se trouve à 130 km du Camp. Le 9 mai, à Berlin. Traduit en 5 langues, peut-être arrivera t il jusqu'aux écrans français.
Il a été réalisé par un grand comédien, Konstantine Khabenski dont c'est la première réalisation.
Surprise de voir dans le rôle du chef du camp Christophe Lambert, à peine reconnaissable...
Il dédie ce film à ses parents et ses professeurs " avec amour et reconnaissance ". Ce qui donne la tonalité générale autour de ces pages d'histoire.
Dans la salle, parmi le public, beaucoup de jeunes gens.
" Reconnaissance ", c'est le sentiment général des citoyens à l'égard des sacrifices consentis par leurs parents, grands parents, voire arrières grands parents pendant la deuxième guerre mondiale. J'ai été très étonnée de voir à quel point ce sentiment faisait consensus dans tous les milieux et quel que soit le vote à l'élection présidentielle.
J'ai approché et me suis glissée quelques instants dans le cortège du Régiment Immortel, près de la Gare de Biélorussie, d'où sont partis de très nombreux soldats pour le front. Compact, avançant très lentement, toutes générations confondues, les portraits de ces hommes, femmes; J'ai fait quelques photos que je vous propose. Il faut rappeler que cette initiative est née dans une ville sibérienne il y a quelques années. Elle correspondait à un sentiment général, et est devenue cette marée humaine dans tout le pays. Car tous ont une histoire familiale liée à cette catastrophe nationale.
Je ne sais pas combien de temps ils ont marché. Beaucoup font un bout de chemin. Puis sortent. Combien sont ils ? Plus d'un million disent les infos, le soir.
Rien n'a transpiré de ce grand moment politique et citoyen dans nos médias. C'est ce que m'indique l'ami qui m'accueille à l'aéroport de Bordeaux.
Pourtant, que l'on aime ou pas cette ferveur, si l'on veut savoir à qui on parle en Russie, on ne peut l'ignorer....

