"Nous avons perdu".
Consacrant une de ses chroniques "Leçons de russe" aux événements du 5 octobre 1993, Zakhar Prilépine conclut par ces mots, martelés, répétés deux fois " nous avons perdu".
Cet épisode s'appelle "les démocrates ont vaincu les fascistes". C'est comme ça que cela a été analysé et présenté dès les événements par les forces au pouvoir, toujours au pouvoir. Je vous ai exposé dernièrement le changement d'analyse de Karen Chakhnazarov sur un plateau TV.
Voilà encore un autre point de vue. Eltsine fut présenté par des forces politiques en Russie et en Occident comme un défenseur de la démocratie naissante.
Comme le souligne Prilépine, pas à une contradiction près, les tenants de cette théorie occultent le fait qu'il a fait tirer sur le premier Parlement démocratiquement élu dans l'histoire russe et porteur d'une politique alternative.
Oui, il y avait alors un débat de fond dans la société russe: libéralisme à tout crin ou rénovation de la société ancienne sur des bases socialistes.
Ils ont perdu, ces derniers, ça s'est réglé au canon, à la "Maison Blanche, siège alors de ce Parlement, devenue aujourd'hui siège du gouvernement de la Fédération de Russie, mais aussi à la tour de TV Ostankino, d'où étaient émises des informations non favorables à ce qu'il faut bien appeler un coup d'état. Car que voulait faire le Parlement ? ôter les pleins pouvoirs accordés à Eltsine qui en abusait et ne respectait pas le Parlement. Il y a eu des morts. On ne sait toujours pas combien exactement. Un journaliste américain est mort près de la tour de télévision.
J'étais à Moscou à cette époque. En séjour court avec mes élèves. Dans les milieux artistiques où je me trouvais, certains étaient du côté de Boris Eltsine, la fin justifiant les moyens.
Si le débat est vif autour de cet anniversaire, c'est que le compte n'y est pas pour une majorité de citoyens ordinaires qui lorgnent avec nostalgie sur l'URSS de leur jeunesse ou ce qu'on leur en a dit : stabilité de l'emploi, toit sur la tête, retraite assurée, congés et santé itou... Bref, des "grossièretés" qui n'ont pas droit au chapitre, l'histoire soviétique s'arrêtant pour les dirigeants actuels et les élites occidentales à la sinistre année 1937.
Zakhar Prilepine indique que les mêmes qui ont soutenu Eltsine alors, soutiennent "Maïdan" un autre coup d'état, d'après l'analyse du Kremlin, partagée par de très nombreux Russes. Ces mêmes sont contre le rattachement de la Crimée. Prilepine démontre que ce combat politique se poursuit.
Son appréciation sur les enjeux politiques en cours peut être confortée par ce que vient de déclarer Alekséï Koudrine, président de la Cour des Comptes. Des propos qui font grand bruit, car il déclare que la Russie "doit se rendre" , "hisser le drapeau blanc", pour que cessent les sanctions et que les promesses du président soient réalisables, soit réduire de moitié la pauvreté, engager une modernisation sans précédent de l'économie.
Or, en Russie comme en France, ce qui plombe l'économie et !a société c'est le poids de la financiarisation accélérée de l'économie. Les oligarques russes continuent de placer massivement leur argent aux États Unis.
Mais la montée au créneau sur ce terrain du président de la Cour des Comptes exprime un évolution dans le pouvoir actuel, du côté d'un capitalisme triomphant.
En Russie, comme en France et en Europe, le "sur-place" est interdit...
"Ils jouent avec le feu" (Ziouganov)
De son côté, le KPRF dénonce un nouveau coup d'état, judiciaire et constitutionnel cette fois.
Le pouvoir a tenté de disqualifier le candidat communiste dans la région d'Akhkassia, ( voir mon article du 24 septembre ), Valentin Konovalov, photo ci-dessous, et l'empêcher de se présenter.
Finalement, il est maintenu. 44% des électeurs l'avaient choisi au 1er tour. Mais le second tour qui devait avoir lieu dimanche prochain aura finalement lieu le ... 11 novembre. Le second tour dans le Primorié, le 16 décembre.
Ainsi, les deux régions où les candidats communistes ont largement battu les sortants ( Russie Unie) attendront deux et trois mois pour confirmer leurs votes.

À noter qu'après la démission du gouverneur sortant, puis d'un autre candidat qui avait reçu 11% des voix, le candidat communiste reste seul à se présenter dans la région d'Akhkassia.
Se réjouissant de l'abandon par la justice de ce faux procès, le président du KPRF a renouvelé au président Poutine sa proposition d'un gouvernement de " confiance populaire" auquel son parti serait prêt à participer pour changer de cap économique et social.
Dernière nouvelle
En lien, un article de RT sur cet attentat meurtrier dans un collège, perpétré par un étudiant de l'établissement.
C'est la première fois qu'un drame de ce genre, si fréquent aux États Unis, se passe en Russie.
Les autorités prennent très au sérieux ce qui vient de se passer. La législation sur la vente d'armes va être modifiée, l'âge légal passerait de 18 ans à 21 à 25 ans.
Le gouverneur de Crimée dirige l'enquête vers des complices. En effet, il semble difficile que le jeune homme ait pu seul organiser, et réaliser les bombes artisanales qui ont explosées dans l'école.
En réunion publique, le président russe s'est exprimé sur le mal être d'une jeunesse sans idéal. Déjà dans un débat à chaud hier, un intervenant déclarait : "notre société est malade".
Cela suffira t-il ?
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Que sait-on de l'auteur présumé de l'attaque en Crimée ? (IMAGES)
Un jeune homme âgé de 18 ans a été identifié comme l'auteur présumé de l'attaque d'un institut de formation ce 17 octobre en Crimée. Il s'agirait d'un élève de l'établissement, qui aurai...