Lev Danilkine : "ni bien, ni mal, Lénine était la seule issue pour la Russie".

Publié le par Boyer Jakline

Lev Danilkine à Paris pour la présentation de la traduction de son livre . "Qui aurait parié un penny sur les Bolcheviks en février 1917 ? Personne.

Suite à la publication de sa biographie-roman, Lev Danilkine a  accordé  de très nombreux entretiens,  dans  les journaux,  magazines  les plus  divers. En Russie.
En France il y a l'entretien accordé lors de la publication de la traduction, février 2020.

Ils sont toujours passionnants. 

« Ma génération a reçu pour tâche de décrypter le passé soviétique », insiste-t-il à l’occasion des Journées du livre russe, qui se sont déroulées les 8 et 9 février à la mairie du 5ème arrondissement de Paris, en présence de nombreux écrivains de renom. « Lénine ne voulait pas envoyer tout le monde au Goulag mais créer une société scientifique ». Extrait d'un entretien au  "Courrier des Balkans".

Il rappelle qu'il appartient à cette génération, né en 1974, qui a grandi en URSS et ne s'est vraiment jamais bien remis du traumatisme de 1991. Dit il.

Première évidence : son travail,   récompensé par des prix littéraires en Russie, indique un changement à l'égard de ce personnage hors norme. Il n'y a  qu'un  Lénine dans l'histoire de l'humanité, dit-il à un endroit, et il était temps que son pays l'apprécie à cette juste mesure. Finie la boue, finis les mensonges des années 90, mais finie aussi la naphtaline soviétique. Le voilà dans son entier, vivant, brillant,  unique. Ayant incompréhensiblement (à sa mort, son cerveau a été disséqué...J.B) l'intelligence des situations... révolutionnaires.

De LA situation révolutionnaire. 

Il faut lire le chapitre  février-octobre 17. Il revient en avril, est clandestin en juillet, août, septembre,  a publié entre temps ses fameuses Thèses d'avril, écrites en ...1914. Et pendant ces 7 mois, il ne change jamais de cap. Tandis que  Kadets et SR veulent le liquider, physiquement. 

Enfin,  il faut tout lire...

C'est ce Lénine là  que Lev Danilkine nous restitue,  après avoir passé 5 ans dans  ses oeuvres et sur les chemins qu'il a parcourus,  en train,  en vélo,  à  pied..." courant  derrière lui, sans jamais le rattraper ".

Sa vision, son analyse marquent un tournant dans l'historiographie russe.

 La "pureté" révolutionnaire est revisitée avec beaucoup d'intelligence. L'histoire ne peut qu'y gagner.

Je recommande ce livre pour deux raisons essentielles: vu d'ici,  la Révolution d'octobre est vilipendée selon deux motifs. 1- Lénine,  le wagon plombé,  l'espion allemand. 2-Octobre,  un putsch d'un groupe de bolcheviks fanatiques,  un quarteron de gueux... pour paraphraser. 

Rien de tout ça dans ce livre. Démonstration faite et renouvelée pour la première légende.  Pour la seconde,  l'ouvrage est parcouru de la rage de la population,  révoltée, qui écoute Lénine dans ses meetings,  médusée, et  qui va devenir  révolutionnaire. 

Évoquant sa vie et celles des autres futurs dirigeants avant 1917, entre prison, camps de travail,  exil, clandestinité,  il compare leur vie à  celle des premiers chrétiens,  la foi et la détermination chevillée au corps.  C'est une image souvent utilisée.  Le grand poète  Alexandre Blok a même écrit un brillantissime "Les douze". (1918). Existe en édition bilingue.  Je vous le recommande. (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54151768.texteImage)

Alors,   tant pis pour  les grincheux qui ne s'y retrouvent pas, 

Je traduis de larges extraits  d'un  de ses entretiens, conférence online pour le magazine business, magazine du Tatarstan..

Traduction :

"Apparemment,  il est psychologiquement plus plus facile pour les gens de percevoir de qui s'est passé à l'automne de 1917 comme un événement isolé  : sans raison,  quelque chose s'est mal passé- une révolution,  une  catastrophe,  un nouveau monde courageux. 

En fait,  la Révolution d'octobre fait partie de la Première Guerre mondiale- ou même de l'une des crises majeures dans le XXeme siècle,  qui a duré de 1914 à 1991.

Si nous prenons la révolution de cette façon,  nous verrons que la révolution a résolu pour la Russie  le problème du rattrapage économique. L'empire devait se moderniser ou bien il ne pourrait rivaliser avec les autres puissances.

Le gouvernement de 1914 s'est révélé incapable d'assurer cette tâche, et, en février 17, sans aucune implication des bolcheviks,  il a perdu le pouvoir. Ce  chaos, les partis de février avaient de bien meilleures chances d'en venir à bout.  Or, eux ne pensaient qu'au retour à la situation ancienne. Les bolcheviks ont su, eux, transformer le chaos en son contraire, un état super centralisé  et dans des délais historiques courts.

Je pense que, si nous considérons cette tâche- la fin rapide de la guerre mondiale et créer les conditions du rattrapage rapide de l'économie nationale,  la révolution vaut  un signe plus. 

Mais là n'est pas la question,  mettre un signe plus ou moins dans la  case révolution et de fermer le thème une fois pour toutes....

.... Je pense que la Russie a eu la chance d'avoir Lénine,  un philosophe, arriver au pouvoir,  l'idée de justice en tête. Et non pas quelqu'un avec un programme  " pour que tout soit comme avant "

" Donnez nous 20 ans et nous réussirons " disaient Stolypine ou Kerenski.

Mais  personne n'a 20 ans...Sans Lénine,  guerres mondiale et civile auraient été plus longues.  Là,  en 1922 tout était fini. Et la question n'est pas mathématique, plus de morts,  moins de morts...qu'on le veuille ou pas,  tout retour en arrière était exclu. 

Les nouveaux dirigeants ont dû  chercher , expérimenter, adapter leurs idées sous la pression de l'histoire en train de se faire...

Qui aurait pu dire à Lénine en 1902, que 20 plus tard, il serait à la tête du pays ?

Il n'y a pas de plus ou de moins. Il y a une partie d'échecs et de  figures  contraintes, terreur et services secrets compris  ..."

Fin de la traduction. 

Regard neuf et tonique,  Lénine devient notre contemporain. 

Réalisation du vers de Mayakovski  : Lénine  vit, Lénine  vivra 

Cet ouvrage sera fort utile aux jeunes Russes passés à la moulinette idéologique de ces dernières  décennies. 

 
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Подробнее на «БИЗНЕС Online»:https://www.business-gazeta.ru/article/445231?fbclid=IwAR3Fc_vRu6tquqG3wf4KjqxcHZ7bHKMhf6oVTHMqIBre0chxbhRcRVO0SFs

Au titre énigmatique : le pantocrator de la poussière du soleil.

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