Biélorussie : ne pas devenir une nouvelle Ukraine.

Publié le par Boyer Jakline

Les Biélorusses ont vu avec horreur ce qu'est devenue leur voisine. Non pas qu'il n'y avait pas de problèmes. mais suivant une stratégie désormais recuite, ils ont servi dans un modèle de stratégie du choc à désintégrer encore plus un état.

J'en profite pour redire mon étonnement( !) de voir dans les milieux de la gauche y compris radicale, repris les clichés " mainstreams" par ailleurs dénoncés en politique intérieure par exemple. Loukachenko n'est ni Khadaffi, encore que faudrait voir de plus près qui était Kadhaffi, ni Saddam, ni Milosévitch, encore que...etc.. Au passage, l'histoire européenne récente ressort et on se souvient en Biélorussie que Belgrade fut bombardée en toute bonne conscience "européenne" par l'OTAN en 1999.

Pas d'angélisme donc. L'accord signé avec la Russie prend ces actes là au sérieux. Et heureusement.

Il faut voit qu'au-delà des mots à nouveau convoqués  par "l'opposition", droits de l'homme, démocratie élections, les enjeux économiques complètement censurés chez nous, s'invitent crûment dans les débats en Ukraine ou dans les chaînes d'opposition russe : vous serez obligés d'abandonner votre système social, vous irez travailler dans l'U.E, qui manque de main-d'œuvre, comme deux millions d'Ukrainiens et de très nombreux Polonais, " ils sont formés, chrétiens, blancs"(citation exacte!).

L'U.E est preneuse. Le vaste marché aux esclaves s'élargit. Vous savez que désormais le travailleur chinois coûte trop cher... L'Ukrainien est plus avantageux... Demain le Biélorusse ? 

De même, dans les nouvelles sanctions promises à la Biélorussie, et à la Russie, Navalny, il y a très rapidement :  empêcher la livraison de gaz et pétrole russes.  Les grands chantiers, quasiment terminés, vont être arrêtés. Le gaz de schiste américain est déjà en Allemagne et en Biélorussie, Loukachenko ayant voulu donner des preuves aux USA et se libérer de l'ombre du grand frère... grand bien lui en a pris de recevoir en grandes pompes Mike Pompéo. Savoir aussi que le " dictateur " Loukachenko avait ouvert ses frontières avec ses voisins occidentaux : plus de visas... La Pologne réaffirme son désir d'annexion de région limitrophe de Grodno, rêve à son ouverture sur les trois mers... Erdogan rêve à son grand Empire, et se déploie, la France envoie des bateaux en Méditerranée, après les soldats en Afrique...

Bref, le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée l'orage...

Pas d'angélisme donc pour nous non plus.

Le fait que la gauche russe dans sa diversité, bien que critique sur certains aspects de la présidence de Loukachenko, soutienne bec et ongles la Biélorussie comme état indépendant et "frère" a du sens. L'état social biélorusse fait rêver bien des millions de citoyens russes passés à la moulinette d'un capitalisme débridé. La nouvelle bourgeoisie en Biélorussie , elle, n'en veut pas. Tikhonovskaya, s'exprimant hier, jeudi, toujours accompagnée d’un dirigeant lituanien ou polonais, en anglais, a déclaré qu'elle ne représentait pas l'opposition mais tout le peuple biélorusse, soutenu par les " Biélorusses qui vivent à l'étranger". L'opposition appelle à vider les comptes des banques, et d'autres mesures pour faire couler l'économie déjà en peine.

Les Biélorusses  se souviennent aussi de la représentante du ministère des affaires étrangères américain Victoria  Nuland, distribuant des biscuits sur la place Maidan. Févier 2014. C'est pour la non- ingérence. 

Il y avait,  pas loin, BHL et...Raphaël Gluksman. Là, c'est moi qui me souviens. 

Et puis au plan géopolitique on voit bien le bout du nez...

C'est là qu'intervient le moment Navalny. D'aucun ici, suivant les analyses américaines "de gauche", ( the Newyorker) pensent que Navalny pourrait prendre la tête d'un mouvement d'opposition à la biélorusse, donc, l'éliminer dare-dare.

C'est méconnaître complètement la situation russe. Il y a en Russie une opposition constitutionnelle, autour du PC Front de Gauche et maintenant Russie Juste qui représente environ 20% de l'électorat, qui manque  à la Biélorussie.  Complètement ignorée par les Occidentaux. Il est plus confortable de représenter l'opposition russe avec Navalny, qui admire les institutions européennes, où il est reçu régulièrement. Parlant anglais. Tous ces opposants de l'ex- espace soviétique ne parlent qu'en anglais, façon d'indiquer à qui ils s'adressent d'abord... Navalny qui méprise les Gilets Jaunes, "des enfants gâtés". 

La gauche russe soutient les Gilets jaunes, et en voudrait en Russie, dénonce les élections en Russie et se bat pour des élections "honnêtes". Crédité  de 20% avant le scrutin,  son candidat à la présidentielle de 2018 s’est retrouvé à 11%. Leurs gouverneurs élus sont malmenés,  voire limogés...

Dans des sondages d'opinions Navalny est crédité de 9% de confiance. Désormais proche de Ksénia Sobtchak, il représente la partie ultra libérale de la Russie. " L'opposant" idéal pour nos élites. Ne pas oublier non plus que les camps oligarques en Russie ne sont pas homogènes. Il y a les " nationalistes "autour de V.Poutine, il y a les partisans de l'éparpillement de l'état russe en féodalités. Il faudra que je revienne sur ce sujet.

Le Kremlin dénonce un empressement des Occidentaux pour juger de l'état de Navalny et constate, qu'une fois de plus, aucun fait ne vient étayer leur "analyse". Les médecins d’Omsk, premiers intervenants et qui ont de fait sauvé Navalny, sont prêts à échanger leurs informations avec leurs collègues allemands. Certains  en Russie  pensent qu'il n’était  ni juste ni opportun de le laisser partir en Allemagne. 

Pour votre information. 

On est en permanence sur ce sujet, la Russie, dans des procès en sorcellerie.

Au passage  dans  un substantiel entretien au JT du soir, Vladimir Poutine n’a pas manqué de souligner la duplicité  des instances européennes qui se tait bruyamment sur la situation politique aux États-Unis,  d’où parviennent des vidéos épouvantables. 

Quant à la presse de gauche américaine, qui peut produire des analyses pertinentes sur bien des sujets, américains en particulier, dès qu'il s'agit de ce pays, elle perd la tête, tant les clichés y sont prégnants.
Qu'une partie de la gauche radicale que je côtoie soit sur cette ligne n'est pas nouveau, mais il serait temps de faire preuve d'un peu plus d'exigence.

Je mets en lien l'entretien de Jean-Marie Chauvier, journaliste belge spécialiste de l'ex-URSS et connaisseur sur le terrain de la Biélorussie. Il redonne des éléments que j’ai exposés.  Je ne partage pas entièrement ses conclusions: la Biélorussie  rattrapée par TINA ? C'est un vrai défi. 

La Pologne a fait livrer hier en Biélorussie une cargaison de sardines à la sauce tomate... Camion marqué à la marque bien connue  " SOLIDARNOSC".

 

Sardines à la sauce tomate... 12 tonnes, camion arrêté à la frontière.

Sardines à la sauce tomate... 12 tonnes, camion arrêté à la frontière.

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