Marc Chagall et Félix Dzerjinski.

Publié le par Boyer Jakline

Pour accompagner le moment biélorusse, voilà deux personnages qui méritent qu’on s’y arrête. 

Ils sont tous les deux  biélorusses.

Vous connaissez sans doute les deux noms. 

Marc Chagall est originaire de la petite ville de Vitebsk. Rien dans cette ville ne se souvient de lui. Pas de plaque ni musée. Il faut dire qu'il a été naturalisé français en 1937 et repose à  St-Paul de Vence.

Une de mes amies de Moscou est originaire de Vitebsk, ses parents y vivent toujours et elle s’y rend régulièrement. La réaction de cette jeune femme aux événements actuels est significative : elle ne décolère pas à l’égard de ses anciens concitoyens,  leur hésitation entre l’Union européenne menteuse et une Russie  tutélaire.  Bien que les choix politiques et économiques de mon amie pour son pays, la Russie,  soient ultra libéraux, elle n’hésite pas là  à faire le choix de la Russie.

  Le sort de l’Ukraine et l’engagement russe en Syrie, nous en avons souvent parlé. Son inquiétude était palpable. Sa position aujourd'hui sur les Biélorusses est pour moi un point de repère.

C’est une femme,  jeune,  pas l’électrice type du président russe. Elle  vient souvent dans notre pays et a perdu bien des illusions sur l’Union européenne. 

Dont acte. 

Retour à mes deux héros. 

Félix Dzerjinski, 1877-1926, lui, a son musée.  Pour le pouvoir russe actuel il est la quintessence de l’horreur de la révolution.  Sa statue déboulonnée la première,  face au bâtiment du FSB-KGB, a donné le signal de la démocratisation de la société.  Démocratisation en trompe l’œil, car dès 1993, le Parlement indocile, qui refusait de liquider l’URSS,  était  bombardé...

Il est le personnage historique le plus détesté sans doute, associé à la police politique qu’il a créée.  Détesté par les ennemis des révolutions qui ont su en faire un repoussoir exceptionnel. 

Or, voilà  que, facétieuse dans ce moment de tension,  la presse russe a ressorti un papier dithyrambique de Svetlana Alekseevitch, biélorusse,  prix Nobel de littérature,  très engagée dans le mouvement contre Loukachenko.

Cet article, très long, a été publié en 1977 et réédité en 2017 " le glaive et la flamme de la révolution". Dans la revue littéraire  biélorusse  Niemen.

Citation :

"Quand mon fils sera plus grand,  nous viendrons ensemble sur cette terre pour nous incliner devant l’âme qui ne peut mourir de celui dont le nom, Félix Dzerjinski,  est le glaive et la flamme de la révolution prolétarienne. " ( En lien, le texte en russe).

Svetlana Aleksievitch.

Elle y raconte sa visite au musée et le parcours exemplaire de cet homme  ultra sensible,  de santé faible,  incorruptible, qui voulait être  prêtre et le fut d’une certaine façon.  Abîmé par ses longs séjours dans les prisons et les camps sibériens du Tsar, ( tiens, on les avait oubliés  ceux-là. ), il jouit d’une grande autorité morale auprès tous les dirigeants révolutionnaires, Lénine en tête. 

C'est un très beau texte,  lyrique où elle cite souvent les lettres de prison de Dzerjinski. De  sa prison de la Boutyrka, Moscou,  il se souvient de la douceur de ces lieux d’enfance. Elle détaille  la vie du héros révolutionnaire,  car c'est un héros révolutionnaire, la force  de son engagement auprès des plus exploités. 

"Sa maison n’existe plus.  Elle a été brûlée par les fascistes en 1943".  Ceux-là ne se trompaient pas.

" Ce jeune homme avait une âme tendre, poétique.."

Que s’est-il passé pour qu’un changement aussi radical s’opère chez notre prix Nobel ? Le soutien de la part de la fondation  Soros?

Niémen est le journal de l’Union des Écrivains biélorusses. Il s’appelait " la Patrie soviétique ". En 1960, il devient Niémen. Publication mensuelle. 

Sur le camarade Dzerjinski  à noter que dernièrement dans une de ses "Leçons de russe" Zakhar Prilépine a  réhabilité ce personnage important, sali et méconnu des jeunes générations. Certains milieux demandent le réerection de sa statue qui est visible dans le jardin du Musée Tretiakov 2, avec d’autres reliques du Goulag.

Maison de Chagall à  Vitebsk.  Le texte d’ Alekseevitch. Les obsèques de Dzerjinski,  Moscou 1926.
Maison de Chagall à  Vitebsk.  Le texte d’ Alekseevitch. Les obsèques de Dzerjinski,  Moscou 1926.
Maison de Chagall à  Vitebsk.  Le texte d’ Alekseevitch. Les obsèques de Dzerjinski,  Moscou 1926.
Maison de Chagall à  Vitebsk.  Le texte d’ Alekseevitch. Les obsèques de Dzerjinski,  Moscou 1926.

Maison de Chagall à Vitebsk. Le texte d’ Alekseevitch. Les obsèques de Dzerjinski, Moscou 1926.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article