Ça décoiffe !

Publié le par Boyer Jakline

Il vient de mourir à 85 ans, ce poète, satiriste, soviétique, russe, odessite avant tout. " Le roi du rire, le sage triste" la BBC russe. Mikhaïl Jvanetski. 

Tout le pays est orphelin.

Il avait annoncé sa retraite le 6  octobre, il est parti le 6 novembre. Il animait justement une fois par mois une émission très prisée où il commentait les grandes et petites choses de leur vie commune. Dans un prestigieux café sur la Place Rouge, plein à craquer, retransmis sur Rossia 1. Il a commenté, éclairé la vie des soviétiques ordinaires, puis des russes, dont il était, pendant + de 50 ans, riant de leurs défauts, de leurs tares. Un mélange de subtilité linguistique à la Raymond Devos, pâtiné d'un sens mordant de la critique sociale et politique à la Bedos. Un monument. Jamais dissident, jamais interdit. Une icône.

Il faillait les radicaux ukrainiens  de Pravy  Sektor pour menacer ses concerts à Kiev et Odessa.  L’humour est une arme terrible. 

Une amie m'envoie ce texte qui dira tout de son rapport à l'URSS, de LEUR rapport à l'URSS. 

Voilà ce qui circule donc dans la Russie actuelle. 

Réflexion. 

Le texte de Mikhaïl Jvanetski.

L’original est à la suite pour les russophones.

"La patrie. Elle était sévère.  Pas du tout caressante. Pas glamour. Pas charmante et sucrée. Elle n’avait pas le temps pour ça. Mais elle n’en avait pas l’envie non plus. Trahie par son origine.  Simple,  elle  était simple.

Aussi loin que je me souvienne, elle a toujours travaillé. Beaucoup.  Énormément. Elle s’occupait de tous en même temps. Et avant tout de nous, jeunes blancs becs. Elle nous nourrissait, comme elle pouvait. Pas avec des langoustes, des truffes, parmesan ou mozarella. Avec du fromage,  le nôtre, du saucisson simple enveloppé dans un papier rugueux gris. 

Et elle nous enseignait. Nous fourait sous le nez des livres, nous poussait vers des clubs, des associations sportives, nous emmenait au cinéma dans les séances en matinée à 10 kopeck. 

Aux théâtres de marionnettes, au Théâtre  du Jeune Spectateur (ТЮЗ). Plus tard,  au théâtre voir des drames,  de l’opéra,  du ballet.

Elle  nous apprenait à penser. À  tirer des conclusions. À  douter, à rechercher. Et on faisait des efforts, comme on pouvait. On faisait des caprices,  détournait le nez.

Et puis on a grandi. On est devenu plus intelligent,  plus sage. On a reçu des diplômes,  des médailles,  des titres. Et nous ne comprenions rien. Bien que nous pensions comprendre tout. Et elle,  elle continuait de nous envoyer  dans des instituts,  des universités. Dans l’Institut de Recherche (NII). Dans des usines,  des  stades. Des Kolkhoz. Des chantiers lointains. Dans le cosmos. Elle nous fixait un but en permanence.  Même contre notre volonté. Elle nous prenait par la main et nous entraînait quelque part. Et, par derrière, elle nous poussait délicatement, s’écartait et nous observait du bord. De loin.

Elle n’avait pas la grandeur d'âme ostentatoire, ni la  générosité démonstrative.  

Elle était économe. Précautionneuse. Ne nous gâtait pas avec d'infinies délicatesses océanes. Préférait les produits maison, les siens. Mais quelquefois tout d’un coup,  par accident, elle nous offrait des films américains,  des parfums français, des chaussures allemandes, des manteaux finlandais. Ce n’était pas souvent et c’était peu. Mais  toujours d’une très grande qualité, et les films, et les vêtements,  et le maquillage et les jouets. Comme il se doit de cadeaux offerts par  des personnes proches. 

Nous nous battions pour eux dans les queues. Et toujours nos exclamations,  bruyantes, enfantines. Et elle,  elle soupirait, se taisait.  Elle ne pouvait pas donner plus.  Et se taisait. Et de nouveau elle travaillait.  Bâtissait.  Érigeait. Mettait en route.  Inventait. Et nourrissait, et enseignait. Ce n'était pas assez pour nous. Et nous de grogner. Enfants gâtés qui ne connaissions pas encore le chagrin. Et nous rouspétions, nous plaignions. Étions mécontents. C’était trop peu pour nous. 

Et un jour nous nous sommes indignés. Avec force bruit. Pour de vrai. 

Elle ne s’en est pas étonnée. Elle comprenait tout. Et c'est pourquoi elle n’a rien dit. Elle a poussé un profond soupir et elle est partie. Vraiment partie. Pour toujours. 

Elle ne s’est pas vexée.  Au cours de sa longue et difficile vie elle avait eu le temps de s’habituer à tout. 

Elle comprenait très bien qu'elle n’était pas idéale.  Elle était vivante et c'est pour ça qu'elle pouvait se tromper. Quelquefois lourdement.  Le plus souvent tragiquement. Pour notre bien.  En fait,  elle nous aimait trop. Bien qu’elle fît beaucoup d’efforts pour ne pas le montrer. Elle nous voyait trop bien. Bien mieux que nous l’étions réellement. Et elle nous protégeait.  De tout ce qui était mauvais. Nous pensions que nous étions adultes depuis longtemps. Nous pensions que nous pourrions vivre sans son attention et son observation. Nous en étions persuadés et nous nous trompions.  Elle...non. Une fois de plus,  c'est elle qui avait raison.  Comme presque toujours.  

Mais elle a écouté nos reproches et n’a même pas discuté.

Elle est partie. Sans tirer un seul coup de feu, sans verser une goutte de sang.  Sans claquer la porte. 

Sans nous insulter au moment de l’adieu. Elle est partie,  nous laissant vivre comme nous le désirions alors. 

Et c'est comme ça que nous vivons depuis. Et nous connaissons tout. Et l’abondance.  Et le chagrin. À satiété. 

Sommes nous heureux ?

Je ne sais pas.  Mais je sais absolument quels sont les mots que la plupart d’entre nous auraient dû lui dire alors. 

Nous avons payé plein pot pour notre insolence d’adolescent. 

Aujourd'hui nous avons tout compris, que notre esprit immature nous empêchait de réaliser dans nos années  paisibles d’enfants gâtés. 

Merci à toi ! Ne te souviens pas de nous en mal. Et pardonne nous ! Tout !

Patrie soviétique. 

Жванецкий . Родина .Она была суровой, совсем не ласковой с виду. Не гламурной. Не приторно любезной. У неё не было на это времени. Да и желания не было. И происхождение подкачало. Простой она была.
Всю жизнь, сколько помню, она работала. Много. Очень много. Занималась всем сразу. И прежде всего — нами, оболтусами.
Кормила, как могла. Не трюфелями, не лангустами, не пармезаном с моцареллой. Кормила простым сыром, простой колбасой, завёрнутой в грубую серую обёрточную бумагу.
Учила. Совала под нос книги, запихивала в кружки и спортивные секции, водила в кино на детские утренники по 10 копеек за билет.
В кукольные театры, в ТЮЗ. Позже — в драму, оперу и балет.
Учила думать. Учила делать выводы. Сомневаться и добиваться. И мы старались, как умели. И капризничали. И воротили носы.
И взрослели, умнели, мудрели, получали степени, ордена и звания. И ничего не понимали. Хотя думали, что понимаем всё.
А она снова и снова отправляла нас в институты и университеты. В НИИ. На заводы и на стадионы. В колхозы. В стройотряды. На далёкие стройки. В космос. Она всё время куда-то нацеливала нас. Даже против нашей воли. Брала за руку и вела. Тихонько подталкивала сзади. Потом махала рукой и уходила дальше, наблюдая за нами со стороны. Издалека.
Она не была благодушно-показной и нарочито щедрой. Она была экономной. Бережливой. Не баловала бесконечным разнообразием заморских благ. Предпочитала своё, домашнее. Но иногда вдруг нечаянно дарила американские фильмы, французские духи, немецкие ботинки или финские куртки. Нечасто и немного. Зато все они были отменного качества — и кинокартины, и одежда, и косметика, и детские игрушки. Как и положено быть подаркам, сделанным близкими людьми
Мы дрались за ними в очереди. Шумно и совсем по-детски восхищались. А она вздыхала. Молча. Она не могла дать больше. И потому молчала. И снова работала. Строила. Возводила. Запускала. Изобретала. И кормила. И учила.
Нам не хватало. И мы роптали. Избалованные дети, ещё не знающие горя. Мы ворчали, мы жаловались. Мы были недовольны. Нам было мало.
И однажды мы возмутились. Громко. Всерьёз.
Она не удивилась. Она всё понимала. И потому ничего не сказала. Тяжело вздохнула и ушла. Совсем. Навсегда.
Она не обиделась. За свою долгую трудную жизнь она ко всему привыкла.
Она не была идеальной и сама это понимала. Она была живой и потому ошибалась. Иногда серьёзно. Но чаще трагически. В нашу пользу. Она просто слишком любила нас. Хотя и старалась особенно это не показывать. Она слишком хорошо думала о нас. Лучше, чем мы были на самом деле. И берегла нас, как могла. От всего дурного. Мы думали, что мы выросли давно. Мы были уверены что вполне проживём без её заботы и без её присмотра.
Мы были уверены в этом. Мы ошибались. А она — нет.
Она оказалась права и на этот раз. Как и почти всегда. Но, выслушав наши упрёки, спорить не стала.
И ушла. Не выстрелив. Не пролив крови. Не хлопнув дверью. Не оскорбив нас на прощанье. Ушла, оставив нас жить так, как мы хотели тогда.
Вот так и живём с тех пор.
Зато теперь мы знаем всё. И что такое изобилие. И что такое горе. Вдоволь.
Счастливы мы?
Не знаю.
Но точно знаю, какие слова многие из нас так и не сказали ей тогда.
Мы заплатили сполна за своё подростковое нахальство. Теперь мы поняли всё, чего никак не могли осознать незрелым умом в те годы нашего безмятежного избалованного детства.
Спасибо тебе! Не поминай нас плохо. И прости. За всё!
Советская Родина.
Жванецкий🙏🏻🙏🏻🙏🏻
 
L’original. 
 
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