25 février 1956 : un tonitruant rapport secret. (2)

Publié le par Boyer Jakline

Je reprends la traduction, suite et fin.

Par contre, Krouchtchev s’attaqua avec une grande efficacité aux membres de la sécurité d'état. Il promit de les dégrader, d'ôter toutes leurs médailles et il le fit en la transformant en comité dépendant du Conseil des ministres. Les organes de sécurité furent réduits de 20%, beaucoup de leurs membres furent privés de leurs privilèges, on ferma les maisons de repos du KGB,  leurs écoles spéciales,  on cessa  de les nommer  généraux. Le Comité Central déclara que l’exigence était  : "atteindre la transformation des organes de sécurité en un outil pointu de notre parti, dirigé contre les ennemis réels de notre état socialiste,  et non contre des honnêtes gens".

En même temps,  c'est sous Krouchtchev qu’apparurent de nouvelles répressions politiques contre ceux qui pensaient différemment.  Pour la seule année 1958, près de 1400 personnes furent condamnées pour "activité et propagande antisoviétiques", plus que sous Brejnev,  successeur de Khrouchtchev. Et c'est sans compter ceux qui furent soumis à une peine administrative,  dont la carrière fut  brisée,  et la santé,  les victimes de traitements psychiatriques punitifs.

Sous Krouchtchev, des personnes étaient emprisonnées pour un propos imprudent,  une blague sur  "ce bon Nikita Serguéevitch".

Mais ce qui est caractéristique c'est que parmi ces condamnés,  il n’y avait pas de responsables du parti,  régionaux,  municipaux ou autre niveau de responsabilité,  ni des membres du comité central,  comme sous Staline.  Non, les répressions ne frappaient que les simples citoyens,  ouvriers,  kolkhoziens, fonctionnaires, et, un peu plus tard,  quand apparut le mouvement de défense des droits, elles frappèrent aussi les intellectuels. 

Les fonctionnaires du parti pouvaient raconter des blagues politiques dans les couloirs, ils risquaient juste de perdre leur poste et d’être mis à la retraite d’office.

C'est sous Krouchtchev que fut édictée une résolution secrète indiquant que Ministère de l'intérieur et KGB n’avaient pas le droit d’engager une procédure judiciaire contre les représentants de l’élite dirigeante du parti. Les informations les concernant devaient être transmises à la direction du parti. En 1993, dans ses mémoires publiées dans Sovietskaya Rossia,  Krioutchkov, ancien chef du KGB, reconnut :"à partir de 1989, dans notre KGB  une information extrêmement inquiétante nous est parvenue qui montrait les liens entre Yakovlev et les services secrets américains. Nous avions reçu dès 1960 des premières informations à ce sujet.  Un groupe de stagiaires avec Yakovlev avait séjourné une année à l’université de Columbia aux États-Unis....il était entré en contact non autorisé avec les américains...". Et le KGB ne put rien faire (au KGB travaillaient ceux qui couvraient Yakovlev). Yakovlev devint un membre très important de la direction du parti.  "Bras droit de Gorbatchev " "architecte de la perestroika" il mena l’URSS jusqu'à sa chute. 

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Ainsi donc, le but essentiel de la déstalinisation engagée par Krouchtchev a été de protéger les hauts responsables du parti d’accusation de complicité dans la violation de la légalité socialiste au cours des années 30 et transformer la nomenclature privilégiée du parti en une caste jouissant de la quasi impunité. Ils ne pouvaient être envoyés au tribunal, même s'ils étaient soupçonnées de crimes et de trahison du pays. Le seul tribunal qui pouvait statuer était , à l'intérieur de la caste qui, plus le temps passait, plus agissait selon la conjoncture politique et non suivant les lois de tous.

Rien d'étonnant du coup dans le fait que très vite les membres de cette caste s'avérèrent corrompus et dès les années 80, les plus corrompus étaient prêts à détruire le socialisme et passer au capitalisme, pourvu que ce soient eux et leurs enfants qui deviennent les oligarques-capitalistes. (ce qui est advenu...Voir le film de Pavel Louguine "l'oligarque" J.B)

Bien sûr le peuple voyait  et comprenait ce qui se passait. Son stalinisme naturel n'était pas lié à " une servilité de naissance devant les tyrans", comme l'affirment aujourd'hui les libéraux russophobes. Les gens simples se souvenaient de ce qui était mauvais sous Staline ( mais ce qui était bon aussi, à commencer par l'enthousiasme des premiers plans quinquennaux, jusqu'à  l'ascétisme du dirigeant sévère). Mais ils se souvenaient qu'au temps de Staline une "épée de Damoclès " était suspendue au dessus des fonctionnaires de haut niveau, comme sur les citoyens ordinaires.. le directeur d'usine, comme un commissaire du peuple (= ministre.J.B) pouvaient être envoyé en camp pour un travail  saboté, comme le simple prolo.

Cette " épée de Damoclès" quelquefois s'abattait sur une personne innocente. mais sa seule présence indiquait une justice, oui, quelquefois aveugle, mais une justice. Et c'est pour cette justice que le peuple aimait et idéalisait Staline, et non pas pour les excès et les violations de la loi.

C'est cette justice qui disparut sous Khrouchtchev et qui mena à la destruction du socialisme et le triomphe d'un capitalisme de nomenklatura.

C'est, je pense, la leçon essentielle que nous devons tirer du XXe Congrès.

 

Roustem Vahitov.

24 février 2021.

Je prends acte de cette analyse qui semble dominante dans la Russie actuelle. J'y reviens. Suivre mon lien. revue de presse de février 2021. Ria Novosti, et gazeta.ru, proches de la Russie officielle. Sans parler du Centre Boris Eltsine, inauguré en grandes pompes par Vladimir Poutine à Ekatérinbourg, ville de Boris Eltsine... Initiative qui ne fait pas l'unanimité mais est un bon marqueur des choix politiques et idéologiques du président russe. En lien petite vidéo. 52'qui présente le musée.

La photo ci-dessous . Roustem à Kazan il y a quelques jours, lors d'un entretien avec la presse.Peut être une image de Rustem  Vahitov et position debout

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Landry 07/03/2021 18:35

Il y a une autre leçon essentielle à tirer du XXème congrès du PCUS : après de tels aveux, le parti au pouvoir y restait. Dans un Etat de droit, le parti responsable en aurait été chassé pour n'y plus jamais revenir. Mais l'URSS n'était pas un Etat de droit.

Boyer Jakline 08/03/2021 07:41

Oui, bien sûr. Pas un état de droit, et c'est, non dit dans ces termes, ce que laisse entendre l’auteur. Toute la direction aurait dû démissionner.
Je reviendrai sur " les causes objectives, sociales culturelles, internationales" qui ont permis ces crimes. J’y reviendrai car c'est un tournant historique.
Je pense tout de même qu'il ne faut pas s’illusionner sur l’état de droit chez nous: la théorie est irréprochable mais la pratique ne suit pas toujours. C'est une question de rapport des forces.
Merci de votre intérêt.