Vassilii Grossman... expurgé.

Publié le par Boyer Jakline

11 juin.  Le Monde semble s’étonner...

11 juin. Le Monde semble s’étonner...

Plaque commémorative à Donetsk.

Plaque commémorative à Donetsk.

En photo,  l’édition de 2002, publiée par Autrement, non expurgée. Une nouvelle édition paraît ( le Monde des livres, 11 juin) " expurgée des passages pro- staliniens " que " Grossman a dû insérer dans son texte pour d’évidentes raisons de propagande politique" .

Les bras m’en tombent. Que sait-il, Alexandre Civico, vraiment de ce que pensait Vassilii Grossman en 1946 du dirigeant soviétique ? Que sait il de son parcours ?

Sa particularité est justement de témoigner par l’engagement d’un chemin soviétique. Il est né en Ukraine dans une famille intellectuelle juive.

Après des péripéties liées à une  époque difficile,  on retrouve son père ingénieur dans le Donbass... lui-même est ingénieur chimiste avant de se lancer avec succès dans la publication de ses écrits, dans la Pravda.

Une plaque commémorative de Vassilii Grossman est à  Donetsk... Décidément,  on n’en sort pas !

Vassilii Grossman dont un ami fut victime des répressions de1937 et la mère assassinée par les nazis dans un ghetto ukrainien,  n’a jamais servi la soupe ou  écrit sur commande contre ses convictions. Ses écrits de guerre sont marqués aux fers de ces combats : correspondant de guerre,  il assiste à toute la bataille de Stalingrad.  Et il est là aussi quand les Soviétiques libèrent les camps de Maidanek et de Treblinka. Il est le premier à écrire sur ces camps. Vision d’apocalypse. 

C'est tellement vrai que lorsque ses écrits évoluent et son regard sur la société soviétique s’aiguise,  il sera censuré.  Il écrit à Khrouchtchev pour défendre la  cause de Vie et Destin. 

Extrait de sa lettre à Nikita Khrouchtchev :

Je Vous prie de rendre sa liberté à mon livre. Je vous demande que mon livre soit débattu par des hommes de lettres et non des  hommes du Comité de la Sécurité, (KGB). Ma situation actuelle,  ma liberté physique ne porte aucune vérité, n’a aucun sens,  quand le  livre auquel j’ai consacré ma vie,  que je n'ai pas renié,  que je ne renie pas se retrouve en prison... Je continue de penser que j’ai écrit la vérité,  dans l’amour des hommes,  l’empathie à leur égard, dans la confiance en eux. Je vous demande la liberté pour mon livre".

Il lui est répondu,  par Souslov,  l’idéologue du Bureau Politique, qu’il pourra être publié en URSS dans ...200 ou 300 ans. Il est publié dès les années 70 en Occident. 

Son testament sera le fameux "Tout passe",  publié dans les années de la perestroika.   Texte douloureux sur une vie de luttes, d’espoir et de désespoirs. 

Dans cet ouvrage, Années de guerre, une série de récits minuscules et très forts sur l’URSS en guerre. " Le peuple est immortel" (1942), récit emblématique de l’engagement finalement vainqueur des soviétiques réunis. La remarque " ils ne meurent jamais " aurait été faite par l’état major nazi qui rencontrait une résistance inattendue. 

À la fin de l’article publié dans le Monde, les auteurs s’interrogent : mais  peut-être finalement était-il " pro-stalinien" dans ces années là ?

Allez, journalistes,  éditeurs aux petits pieds, encore un effort,  sortez la boîte à  réflexions et abandonnez le prêt à penser.  Entrez dans la complexité du monde. Sinon,  vous le recevrez en boomerang. 

À part sa saga Vie et destin,  voulue comme un nouveau Guerre et Paix, je vous recommande un petit texte, 13 pages,  miraculeux : la Madonne de la Sixtine, quelquefois appelée la Madonne de Dresde. Ou les profondes réflexions humanistes de Vassilii Grossman. 

 

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