Essentiel/non essentiel : la voix de son maître.

Publié le par Boyer Jakline

Privée de voyage en Russie,  j’ai dégotté sur YouTube une série télévisée " Roman moscovite", de 2020 qui commence en 1987 et décrit dans le menu ce que deviennent les protagonistes pendant les 30 années qui suivent. La télévision publique traite à sa façon le grand thème de l’année : 1991-2021, 30 ans sans l’URSS. Je  vous en ai déjà parlé, et traduit certains témoignages.  Il y en aura d’autres.

"Roman moscovite" fait un clin d’œil dans son titre à l’incontournable et magnifique "Moscou ne croit pas aux larmes" de 1979.  Je vous le recommande,  il existe en VO avec sous-titres.  Une plongée dans les dernières années de l’URSS,  magistralement jouée. Son très populaire réalisateur et acteur, Vladimir Menchov, vient de mourir. 

Retour à la série télévisée : des scénarios audacieux avec des acteurs brillants comme souvent. 

Le héros principal est ...Moscou,  aussi adoré par les Moscovites d’origine, que dénigré par bien des provinciaux.

On attend la saison 2.

Nous qui sommes abreuvés de séries américaines,  nous trouverions bien de l’étonnement à  pénétrer dans cette réalité et cet imaginaire russes...

Où l’on voit immédiatement

1- ceux qui vont s’enrichir rapidement et goûlument, certains,  jeunes, après des études ad hoc aux États-Unis, ceux-là viennent de milieux déjà  privilégiés dans la société soviétique. 

2- ceux qui vont se débrouiller et s’en sortir entre marché noir et trafics en tous genres. Le règne des sans foi ni loi, acoquinés aux mafias florissantes.

Je me souviens d’une amie qui m’expliquait ce que vivait le pays en le comparant à  Chicago des années 20. Paix à son âme !

3- évidement la situation courante c'est la misère et la faim, oui, la faim :  salaires misérables  non payés pendant des mois, on fait des galettes avec de l’oignon et du radis, par exemple. La datcha et ses productions permettent de ne pas mourir de faim. 

Les milieux artistiques,  culturels sont frappés durement.  Leur qualification,  leur art, déjà peu rémunérés dans la période soviétique,  mais jouissant d’un grand prestige qui leur suffisait,  ne servent plus à rien pour gagner sa vie et ... manger. Ils s’embauchent n’importe où. Font n’importe quoi pourvu qu’au bout il y ait quelques billets.  

Le ventre creux,  ils, elles continuent cependant à s’entraîner,  vont au Conservatoire,  rénovent des icônes que de riches russes ou étrangers  achètent, ( le Musée de l’Ermitage fut dévalisé) vidant les musées.  Ils font de la musique dans les rues pour s’offrir un plat de raviolis... Nous sommes habitués,  nous, aux musiciens de rue et la mendicité. Pour les artistes soviétiques ce fut un choc. De plus.

Ce plus de la culture,  ce caractère indispensable pour survivre a été largement raconté lors des commémorations de la Grande Guerre... Le siège de Léningrad a été porté à bout de bras aussi par poètes,  musiciens. Au front de grands poètes mobilisés comme citoyens organisaient des lectures dans les brefs moments de repos. Beaucoup d’exemples. 

Bref, en permanence la culture est vécue comme essentielle dans les moments cruciaux.

Essentiel... non essentiel : dans quelle société vivons nous ?

Mais cela ne dit rien de ce que devient la culture de masse, au travers de la télévision où la marchandisation fait un massacre...Comme partout. 

 

Publié dans humeur

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