Il était une fois Mikhaïl Gorbatchev (3)

Publié le par Boyer Jakline

Avec cette traduction s’arrêtera mon travail.  L’analyse de Gorbatchev se poursuit : explosion dans les républiques, putsch de 1991... 

Pour la totalité du texte, je renvoie à la traduction anglaise sur le site globalaffairs.ru. En russe et en anglais. 

Reprise de la traduction :

Formule du pouvoir

J'ai rappelé le contexte historique de la perestroïka et de la nouvelle pensée afin de révéler et de souligner une fois de plus la nécessité et le caractère inévitable des changements de politique intérieure et étrangère. À partir de là,  notre activité concrète a commencé,  des plans initiaux jusqu'aux changements profonds, finalement irréversibles.

Qu'est-ce qu'il est important de garder à l'esprit lorsque l'on parle de la première étape de la restructuration ?

Premièrement,  en URSS, les transformations radicales ne pouvaient être initiées que d'en haut, par la direction du parti. Après plusieurs décennies de contrôle total et de suppression de toute initiative, la société n'était pas prête à s'auto-organiser et ne pouvait nommer des dirigeants capables d'assumer la responsabilité des réformes.

Et, d' autre part, dans un premier temps, les transformations ne pouvaient viser qu'à améliorer le système existant et s'effectuer dans son cadre. Une rupture nette avec la « formule du pouvoir », le langage politique et les traditions existantes était impossible. L'écrasante majorité de la société n'était pas prête pour cela, et les partisans du changement, y compris ceux qui ont ensuite adopté les positions les plus radicales, n'étaient pas prêts non plus.

Au début, la tâche de réforme politique n'était pas posée. Je n'ai jamais caché, et encore aujourd'hui je ne nie pas, que je comptais sur le parti, le PCUS, et j'y voyais un mécanisme de mise en œuvre de la perestroïka. C'est lui qui était aux manettes de la gestion depuis de nombreuses années, ce sont ses représentants qui avaient une vaste expérience administrative et politique et occupaient des postes clés dans toutes les structures du pouvoir et de la société. Et donc, le rôle du parti, surtout au stade initial de la perestroïka, était irremplaçable. L'une après l'autre, les séances plénières du Comité central se tenaient, tous mes rapports étaient approuvés par le Politburo, et souvent,  après des discussions animées qui devenaient de plus en plus aiguës, contradictions et désaccords accumulés se révélaient.

Ce fut le drame de la perestroïka. Des millions de membres du parti, de nombreux chefs du parti à Moscou  et dans les localités étaient en faveur de la nouvelle politique. Mais lors de mes voyages à travers le pays, lors de conversations avec les gens, j'étais convaincu que l'énergie du changement se brisait contre le mur de résistance du parti et de la nomenklatura administrative. Les gens me demandaient : " Où est la perestroïka ? Pourquoi les questions les plus élémentaires ne sont-elles pas résolues ? Pourquoi l'attitude des dirigeants envers la personne, ses besoins et ses préoccupations ne change-t-elle pas ?"

À l'automne 1986, nous sommes arrivés à la conclusion qu'il était nécessaire de tenir un plénum du Comité central sur la question du personnel  politique. La réunion plénière a eu lieu en janvier 1987. Son écho fut assourdissant - à la fois dans le parti, dans le pays et dans le monde. C'était la première fois qu'on parlait de la responsabilité du PCUS et de son Comité central, le Politburo, de leurs erreurs de calcul stratégiques qui ont conduit le pays à la stagnation sociale et politique. Et une partie importante de la nomenklatura a vu une menace pour elle-même dans les idées et les décisions du plénum et a pris la voie du sabotage de la perestroïka.

Dès 1987, une lutte acharnée a commencé au sein du PCUS entre les ailes réformiste et anti-réformiste. Cette confrontation a envahi littéralement tout. Et cela a affaibli le parti à la fois comme mécanisme de gestion et comme mécanisme social et étatique légitime.

Il est devenu clair pour moi et mes proches que si les citoyens eux-mêmes ne s'impliquaient pas vraiment .... la perestroika était vouée à l’échec.

Nuances de transparence. 

La glasnost est devenue le levier le plus important du changement et de l'implication des personnes. Ce n'est pas un hasard si ce mot est si souvent mentionné à côté du mot perestroïka. Ce fut mon allié principal. Et mon opinion n'a pas changé,  bien qu'il y ait plus qu'assez de critiques à son sujet. Parmi eux se trouvent des personnages inattendus, par exemple Alexandre Soljenitsyne. La glasnost de Gorbatchev a tout gâché, a dit le grand écrivain.  C'est la même personne qui a écrit : "une transparence honnête et complète est la première condition de la santé de toute société". Je lui ai demandé où serait Soljenitsyne lui-même sans la glasnost ? Sans la glasnost,  rien ne serait arrivé : pas de changements, pas de perestroïka. Tout s'enliserait dans le marécage de l'idéologie obsolète et de la bureaucratie à tous les niveaux.

Le vieux mot russe glasnost recouvre de nombreuses significations. Il s'agit de l'ouverture de la société,  de la liberté d'expression,  et de la responsabilité des autorités à l'égard des citoyens. Ce n'est pas un hasard s'il s'est avéré impossible de le traduire dans d'autres langues.

La glasnost a commencé, comme le reste dans la perestroïka,  par le haut.  Et beaucoup n'y voyaient d'abord qu'une autre forme de propagande,  expliquant aux gens le  nouveau cours politique du parti. Mais j'y ai vu quelque chose de complètement différent. Pour les dirigeants soviétiques de l'ère de la perestroïka, la glasnost signifiait : commencer à dire la vérité à son peuple sur l'état du pays et sur le monde. ( parenthèse de moi. J.B "nous ne connaissons pas le pays dans lequel nous vivons et travaillons." Cette phrase est attribuée à  Andropov, un des derniers dirigeants de l’URSS.  Elle correspond quoi qu’il en soit à un sentiment vécu et partagé. ).

Avec la glasnost c'est le retour des citoyens qui ont eu l'occasion de dire ce qu'ils pensaient,  y compris de plus en plus souvent des choses désagréables pour leurs dirigeants.

La glasnost est le droit de savoir en réduisant à un minimum raisonnable "les  informations classifiées" et les secrets. Après tout, comment c'était avant ? Toutes les statistiques étaient censurées. Les données sur l'économie, les questions sociales,  la démographie etaient publiées exclusivement par un décret spécial du Comité central, avec de grandes exceptions et des ratures. Les informations sur la criminalité, les indicateurs environnementaux et sanitaires étaient conservés sous sept scellés. Le budget militaire dans ses dimensions réelles était un secret. Non seulement les citoyens, mais aussi les dirigeants n'avaient une vision réelle de nombreux aspects de la vie.

C'en était fini de tout ça.

Personne n'a eu plus de glasnost que notre intelligentsia. Elle a pleinement profité des occasions de parler et d'écrire librement. L'intelligentsia s'est littéralement précipitée pour maîtriser de nouvelles idées, les développer, justifier la nécessité de changements profonds. Mais il est également vrai que dans les conditions de la liberté,de nombreux représentants de l'intelligentsia, en particulier ceux qui bénéficiaient d’un statut,  n'étaient pas préparés à effectuer des changements raisonnables et progressifs, ils ne comprenaient pas le simple fait que la liberté est inséparable de la responsabilité. 

"L’intelligentsia était incapable de remplacer la nomenklatura du parti dans la sphère administrative,  elle n'avait pas assez de connaissances et d'expérience pour cela. Ses représentants se sont concentrés sur la critique et l'exposition de notre passé, mais n'ont pas été en mesure de proposer des idées constructives sur la manière d'avancer vers l'avenir."

 

Réveiller la société 

Le  sens de la réforme politique,  dont la décision principale fut adoptée par la XIXème Conférence du Parti en juin 1988, était de transférer le pouvoir du parti qui l'accaparait aux mains d'organes élus par le peuple. Nous avons compris,  moi et les camarades qui m’étaient proches, que la bureaucratie affronterait une telle réforme avec hostilité. Elle avait suffisamment d'influence pour ralentir et émasculer le changement politique.

Les deux tiers des délégués au Congrès des députés du peuple qui s’est réuni en mai 1989, ont été élus au suffrage universel direct. Dans de nombreuses circonscriptions il y avait 10 à 12 candidats,  voire plus. Un tiers-à titre de mesure initiale ponctuelle- a été élu par des organismes publics. Nous avons été critiqués pour ce format,  mais je pense toujours que nous avons ont été critiqués injustement. C'est ce format qui a permis d'éviter une "rébellion sur le navire" ouverte,  d'affaiblir la résistance de la couche supérieure et en même temps d'impliquer de nouvelles personnes dans la transformation, qui, autrement, auraient eu peu de chances d’arriver au Congrès.

Le déroulement de la campagne électorale a montré que nous nous trouvions dans un environnement totalement nouveau et sans précédent. Les discussions y compris dans les médias  étaient sans précédent dans leur franchise et leur acuité. Beaucoup de choses amères et inconnues auparavant ont émergé. Chez certains membres de la direction cela a provoqué irritation et anxiété. 

Fin de ma traduction

 

 

 

En suivant, l’analyse du KPRF qui n’y va pas par 4 chemins. Nous sommes en 2020.

À l’occasion de l’anniversaire de Gorbatchev,  le numéro 2 du parti, Youri Afonine, démonte un à un les arguments de Gorbatchev, au plan économique et international. Il en fait la locomotive de la fameuse "5ème colonne".

Il fait cependant l’impasse sur la responsabilité du PCUS au pouvoir.  Était-il,  Gorbatchev,  seul ? A-t-il perdu une bataille politique... ou en a t il mené une autre ?

De nombreuses analyses dans la mouvance du KPRF travaillent ce thème : à quel moment Gorbatchev est-il devenu un traître...

C'est écrit comme ça...

Extraits de la déclaration de Youri Afonine : 

Aujourd'hui, jour du 90e anniversaire de Gorbatchev, de hauts responsables du gouvernement bourgeois russe lui adressent leurs félicitations. Les médias libéraux débordent de louanges adressées au «père de notre liberté» et de larmes d'affection. Les médias russes semi-officiels sont un peu plus retenus et soulignent certaines conséquences « ambiguës » des actions du héros, telles que la destruction de l'URSS, mais, bien sûr, ils conviennent qu'il n'y avait pas d'alternative à la « perestroïka » de Gorbatchev : prétendument en 1985, "le système soviétique a perdu son utilité", "l'économie a stagné" et ainsi de suite, et il fallait faire quelque chose de toute urgence. Ces histoires sur "il n'y avait pas d'alternative" sont généralement la principale ligne de défense de Gorbatchev.

...

... Que vont-ils nous dire d'autre aujourd'hui pour justifier Gorbatchev ? Cette « perestroïka » était-elle nécessaire parce que l'URSS aurait été vaincue pendant la guerre froide ? Absurde encore. Oui, dans les années 1980, sous Reagan et Thatcher, l'impérialisme occidental s'est lancé dans une politique extrêmement agressive. Mais il n'a pas obtenu de résultats sérieux. Au Nicaragua, la révolution socialiste sandiniste a combattu et gagné. Une nouvelle vague révolutionnaire déferle sur l'Amérique latine. A Grenade, les Américains ont dû écraser la révolution par une agression directe, ce qui a eu un effet très négatif sur leur image internationale déjà dégoûtante. Il y avait de plus en plus de pays à orientation socialiste sur la planète. Toujours dans les années 1980, les Angolais, avec les internationalistes cubains, ont infligé une défaite majeure au peuple sud-africain. Cela a déclenché une crise mortelle pour le régime raciste sud-africain qui, soit dit en passant, a joué un rôle énorme dans l'approvisionnement de l'Occident avec un certain nombre des types les plus importants de matières premières stratégiques. Et n'oublions pas qu'en 1987, les Etats-Unis ont été secoués par la pire crise boursière, au cours de laquelle le Dow Jones Industrial Average a connu la plus forte baisse de l'histoire. Les phénomènes de crise dans l'économie occidentale étaient alors beaucoup plus graves que dans l'économie soviétique. ... "

...Ainsi vont être démontés tous les arguments développés par Mikhail Gorbatchev.  

La lutte politique autour des causes de l’effondrement de l’URSS  fait rage en Russie. Chez les "bénéficiaires", les nouveaux maîtres, certains vont jusqu'à dire que ce sont les communistes qui sont responsables de ce que de très nombreux citoyens voient comme une catastrophe.  L’actuelle Russie,  injuste, invivable pour beaucoup,   nourrit ce sentiment de perte. À un moment de son analyse,  Gorbatchev déclare : les gens ne réalisaient pas qu’ils étaient en train de perdre leur pays.

En 1991, le parti dirigeant de l’URSS, PCUS, fut interdit.  Et en 1993, le KPRF fut créé. 

Mais les nouveaux maîtres de la Russie en 1991 se sont recrutés parmi la haute nomenklatura soviétique. C'est un fait. Vite soutenus et organisés par les "Chicago boys" de Milton Friedman.

Boris Eltsine en est  un exemple jusqu'à la caricature. Membre du Bureau politique du PCUS,  député de Sverdlovsk, redevenu aujourd'hui Ekaterinbourg,  c’est lui qui a fait détruire la maison où fut assassinée toute la famille impériale.

La maison a été reconstruite et la famille impériale sanctifiée... sous la mandature Medvedev.

Ainsi va la Russie,  "colosse aux pieds d’argile" disait on au XIXème siècle. 

 

 

 

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Publié dans 30 ans sans l’URSS.

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