Douce France : fascisation, fascisme ?

Publié le par Boyer Jakline

Bien que je reste perplexe sur l'approche d’Antonio Scurati avec son ouvrage EXHAUSTIF sur Mussolini.- 800 pages pour le premier tome, le deuxième paraîtra maintenant et le troisième en suivant, énorme travail de traduction- son travail où tous les faits et les protagonistes sont réels, fait date. Et j’y ai appris beaucoup de choses.

Cela dit, notre époque est souvent caractérisée comme tendant vers, le fascisme, fascisation de la société, voire carrément fasciste.

Déjà pas d’accord avec cette appréciation,  je m’en trouve largement confortée à la lecture de ce premier tome "M, le fils du siècle".

 

L’ouvrage a reçu en Italie l’équivalent du prix Goncourt et se revendique " roman"

"Inutile de le nier, je suis comme les bêtes : je sens l’air du temps". Benito Mussolini.  

Éléments indispensables pour que se constitue et naisse le fascisme historique, nous sommes au printemps 1919 :

1- avoir à disposition une armada de soldats revenus ensauvagés de la première guerre mondiale, les bien nommés Arditi.

2- avoir un pays en voie de révolution : les paysans, les ouvriers rejettent l’exploitation séculaire sous l’ombre tutélaire de la Révolution d’octobre.  Il y a un "Lénine" italien. Changer le pays et le monde dans un nouveau et exaltant rapport de forces.

 Mais se rappeler que déjà, janvier1919, le mouvement spartakiste allemand a été décapité.  Exit dans des conditions d’une brutalité pré-fasciste (?) Rosa Luxembourg et Karl Liebnecht. Exécutés par un gouvernement social- démocrate. Ce que ne mentionne pas Scurati. 

3- la panique grandissante des propriétaires terriens, grands et petits, que les luttes sans merci et constantes des paysans surexploités depuis des siècles déstabilisent.

4- auxquels se joindront rapidement les grands industriels qui  vont financer largement le mouvement naissant et les aristocrates. L'Italie est à ce moment là une monarchie.

Il va s’agir de nettoyer le pays. Le purifier. La violence féroce et gratuite va dans un premier temps effrayer les partis bourgeois,  puis finalement convaincre de son efficacité pour se débarrasser de la peste rouge.

Extraits :

Page 308 :

Parfois, comme à Ferrare, il suffit d'une mauvaise récolte pour déclencher la panique. Quelle merveille que la panique, c'est la sage-femme de l'Histoire ! Cesare Rossi ne cesse de  répéter que tel sera peut-être leur troc miraculeux: la haine contre la peur. Hier encore, ces nouveaux fascistes tremblaient de peur à l'idée de la révolution socialiste, ils vivaient de peur,  ils se couchaient avec la peur. Ils pleurnichaient dans leur sommeil comme des enfants....A présent, à la Bourse des gueux, on échange le métal lourd de l'angoisse contre la valeur précieuse de la haine mortelle.

Des petits bourgeois pleins de haine : voilà qui composera leur armée. La classe moyenne déclassée à cause des spéculateurs de guerre du grand capital.... Rien que des braves gens pris de panique, plongés dans l'anxiété. Des individus saisis jusque dans leurs fibres les plus intimes par un désir irrépressible de soumission à un homme fort et de domination des faibles....pourvu qu'on leur donne, à eux aussi, des êtres à piétiner..."

Voilà posé le cadre par un des dirigeants de la horde mussolinienne. 
Leur arme favorite : le marteau, la massue, munis de clous.

Pour revenir à aujourd'hui, ainsi exposés les tenants et les aboutissants de la naissance du fascisme historique, les différences majeures avec notre époque sont partout.
Oui, le fascisme a été l'excroissance logique du capitalisme Il en  est la tentation, la tentative permanentes. La douloureuse histoire chilienne au XXe siècle,  par exemple. 

Avance à pas plus ou moins feutrés un autoritarisme ravageur. Depuis des décennies. Macron met sa touche brutale.

Retour à Scurati :

Octobre 1923 : Mussolini est président du Conseil. Il va passer à la deuxième vague de sa  révolution.

Citation p 700 :

"La masse est un troupeau, le siècle de la démocratie est achevé, la masse n'a pas d'avenir. ..La démocratie a une conception de la vie principalement politique. Le fascisme est tout autre chose. Sa conception est guerrière..."

Très vite, il va supprimer les élections et "gourdins et massues ferrées" qui n'ont jamais cessé de travailler, vont passer à la cadence supérieure.

Certes il est question aujourd'hui en France des " gens qui ne sont rien", comme un écho... Et puis il y a ceux qui rêvent de révolution...nationale... 

Source d'inspiration ? Sans doute...

 Mais, sans doute aussi faut-il réfléchir à mieux caractériser l’époque.  Ce n’est pas une bataille de mots. Définir entraîne une stratégie politique.  Et "mal nommer les choses,  c'est ajouter du malheur au malheur"... comme fait-on dire à Albert Camus...

Plus précisément ses mots sont -extrait-

 "... nos paroles nous engagent.. et nous devons leur être fidèles. Mal nommer un objet, c'est ajouter au malheur de ce monde....La grande misère humaine... c'est le mensonge..."

Dans "L'homme révolté".

Juste mes réflexions ce jour, ici dans la France malmenée, octobre 2021.

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