Russie Unie a 20 ans : les ours n’ont pas d’ailes, ils ne volent pas.

Publié le par Boyer Jakline

Mon ami Roustem Vahitov a consacre dernièrement un article dans Sovietskaya Rossia au bilan du parti présidentiel qui a fêté en décembre ses 20 ans.  Fêter n’est pas le bon verbe car peu de fanfare... et pour cause. 

Je vous en livre quelques extraits, car c'est faire un bilan de la politique du pouvoir...

Ce titre, les ours n’ont pas d’ailes, ils ne volent pas, est une phrase prononcée par un "Cicéron" de Russie Unie,  comme le fustige l’auteur de l’article... Il le traduit comme une métaphore indiquant une incapacité à avoir une activité politique indépendante et raisonnée.

Encore une réflexion pour apprécier vers quels lendemains va ce pays. 

1- l'arrivée au pouvoir :

Après un quasi unanime " l'ivrogne est parti", saluant le départ de Boris Eltsine, sur les écrans de télévision on vit de plus en plus souvent son successeur, désigné par lui, un " manager", comme il se désignait lui-même, jeune, décidé.... il développa une activité intense avec des initiatives inattendues. Il reprit l'hymne soviétique. Dit de la chute de l'URSS que c'était "la plus grande catastrophe géopolitique". Commença à critiquer de façon certes mesurée l'Occident :  les Russes justement en revenaient. Dans les années 90, beaucoup d'entre nous avions imaginé que l'Occident était un philanthrope, qui rêvait de nous apporter de l'aide. Or, nous le constations : c'était un affairiste habile et sans âme. Le successeur d'Eltsine promit de mettre au pas les oligarques" traquer jusque dans les chiottes" les bandits...Comment ne pas fondre, nous qui toutes les années 90 allions aux meetings rouges crier :"La bande d'Eltsine doit être envoyée au tribunal"...

2- Et pourtant...Dès ce moment,

nous aurions dû être alertés par certaines déclarations.

 Rencontrant le milieu des affaires il répéta que les privatisations ne seraient pas remises en cause. En 2001, il signe une loi sur la réforme des fonds de pension(d'état.J.B) qui privait les simples citoyens de la retraite de l'état, (pas les fonctionnaires, ni les personnels des "services"). Ensuite ce furent les appels à passer de la médecine d'état à la médecine commerciale...

Puis il signe une loi sur les partis politiques qui en pratique ferme la porte à l'enregistrement des petits partis.

Il ferme notre station d'observation à Cuba et notre base militaire au Vietnam. Il  ordonne de noyer notre station MIR et réagit avec cynisme à la destruction par un sous marin de l'OTAN de notre sous marin Koursk. Tous pensèrent alors que c'était un plan habile, qu'il allait leur répondre. Finalement, il rassura les "amis occidentaux" : " faire renaître l'URSS, c'est une blague". Le peuple sous le charme y voyait encore une ruse.

Russie Unie est le fruit d'une fusion de partis. Le parti Unité était dirigé par le jeune Serguéï Choïgou, ministre des " situations extrêmes". Au passage, c'est un ministère convoqué en permanence, étant donné que la vie en Russie est souvent faite de "situations extrêmes"...

D'autres partis dirigés par les maires puissants de Moscou et St-Pétersbourg.

Tout cela semblait logique. Enfin la paix allait advenir. Les mots d'ordre : " nous croyons en nous-mêmes et en la Russie", " Russie, en avant" en 2003, puis en 2009 " nous la conserverons et nous la démultiplierons" ont marché...jusqu'à ce qu'en 2018, la réforme des retraites fait quitter ce parti par des collectifs entiers. Mais dès 2012, des membres de ce parti claquent la porte et publient des lettres ouvertes sur des sites internet. C'est qu'entre temps on a vu arriver à des postes ministériels des hommes d'affaires pilleurs (de la richesse nationale.J.B) Extrait d'une interview :

"J'ai adhéré à Russie Unie dès le départ. Non au nom de ma carrière. C'était en 2002 et je pensais qu'on vivrait mieux, que le parti nous y aiderait. Dans mon village quelques uns vivent normalement, mais l'écrasante majorité vit au dessous du seuil de pauvreté. Cela fait 4 mois que je ne reçois pas mon salaire...Et je ne suis pas le seul. Par contre dans les réunions du parti le discours c'est : tout va bien. Alors quand la Douma a voté la réforme des retraites, j'ai eu honte. Dans mon village peu vivront après 60 ans" 

Nous savions, nous, cher lecteur, qu'un parti fondé par des oligarques ne pouvait pas être populaire. Mais beaucoup se laissèrent tromper...Jusqu'à un certain point.
Aujourd'hui, ce parti représente 27% des électeurs...et encore il faut prendre en compte les falsifications grossières. ( Rappel : au moment du rattachement de la Crimée à la Russie,  c’est 80% de la population qui soutenait Vladimir Poutine.J.B).
Ni le puissant maire de Moscou, ni le président ne se sont présentés sous l'étiquette Russie Unie...

 L'aphorisme sur les ours avait un précédant : " le parlement n'est pas le lieu de débats"

Fin des extraits de ce très long article.

On voit que la "jeune démocratie représentative russe" a fait très rapidement ses classes. Un électeur sur 2 ne participe plus aux élections.

A noter également, que le nouveau président se présente en 2001 comme un manager...et de fait, va gérer le pays comme  un dirigeant d'une start-up nation... La réalité du pudding l'a contraint à quelques aménagements, voire revirements au plan international, mais le fond néolibéral capitaliste...  est là. 

Pas de quoi se réjouir, là-bas comme ici.

Dans un prochain article,  traduction en cours, je reviendrai sur ce qui se passe au Kazakhstan. 

 

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