Essénine, Serguéï Aleksandrovitch, 1895-1925.

Publié le par Boyer Jakline

La vie interrompue de Serguéï Essenine.

La vie interrompue de Serguéï Essenine.

Il est la Russie du peuple, du peuple des campagnes. Sa poésie, charnelle, émotive, va droit au coeur des Russes. Celle de Pouchkine aussi, mais là, c'est la Russie aristocratique, qui rend sa fierté dès le début du XIXe siècle à ce peuple qui va faire irruption sur la scène européenne. 

Serguéï Essenine arrive un siècle plus tard et va s’engager dans la tempête de 1917 où la Russie fait irruption sur la scène mondiale. 

Sa maison à Konstantinovo, non loin de Riazan à 200 km de Moscou, a été peinte sur ce tableau que j’ai acheté là bas,  lors de ma visite.  Dans ces lieux hommages, souvent des peintres exposent à ciel ouvert, tableaux apposés sur des talus enneigés, j’ai fait cette visite en mars par un beau jour glacé et lumineux de fin d’hiver. 

Ce que ce roman dit très bien, c’est cette vie russe, sa nature maîtresse des vies et des humeurs :

"En Russie, ce sont les steppes, les horizons, les forêts, les fleuves et les tempêtes qui dictent leur loi aux hommes".

Le roman qui vient d'être publié raconte Essenine et reprend la thèse de son assassinat par les services secrets soviétiques en 1925. Un roman-enquête russe  a été écrit en 2005 et donné naissance à une mini série,  11 épisodes d’une heure sur Rossia 1, grande chaîne d’état.  Avec la fin de l’URSS,  le pillage à tout vent des richesses s’est accompagné de la déconstruction systématique des mythes. Essénine,  engagé dans le tsunami de 1917 qu’il souhaitait de toutes ses forces,  finalement victime de la machine totalitaire qui se met en place ? Du coup le suicide de Mayakovski en 1930 devient suspect.

Je ne sais pas ce qu'il reste aujourd'hui de ces campagnes. La mini série était bien faite, militante, servie par de très grands comédiens.  Cela fait-il une vérité ? 

Le roman épouse donc cette thèse et la "terreur rouge" qui s’installe n’est jamais contextualisée : une guerre civile féroce, à la vie à la mort,  certains d’ailleurs aujourd'hui remettent en cause le caractère civil de cet affrontement. Les armées tsariste, les "Blancs", furent massivement soutenus par les grandes puissances  occidentales.  Ils ont été vaincus.  La réponse à la question qui s’impose comment ont-ils pu être battus ? n’est jamais apportée.  Comment  un coup d’état exécuté par une poignée de révolutionnaires payés par l’Allemagne, puisque c’est la théorie sur Octobre 17 qui prévaut chez nous depuis longtemps et en Russie depuis 1991, comment ont-ils pu gagner ?

Dans la série télévisée,  on voit une rencontre au Kremlin entre Trotsky et Essénine,  à la demande du dirigeant politique.  Trotsky va réciter des vers du poète et lui organiser une tournée en province pour rassembler les foules ouvrières pour  les mobiliser. Nous sommes en 1921-1922.

Et les foules seront au rendez-vous,  récitant avec le poète ses vers. Cet épisode est relaté dans le livre russe. Pas dans le livre qui vient d'être publié en France. 

Donc, ces réserves historiques faites, je recommande la lecture de ce roman pour un voyage au cœur de la Russie et ses tumultes.

Une vidéo rare, où Essenine lit un de ses poèmes en off... On le voit, à droite en 1918..

Son poème le plus fameux qui tirait des larmes au plus coriace des russes soviétiques. 

Pour la petite (?) histoire, la tsarine Alexandra aimait Essenine et l’invita à  réciter ses vers. Dont ceux-là. On est en 1916. L’impératrice lui demande : pourquoi vos vers sont ils si tristes ? Réponse de notre poète : mais c’est la Russie qui est triste. Devant l’insistance de la tsarine,  il précise : la Russie souffre...

 

 

Oh toi, ma douce Russie,
Tes icônes fleuries près du feu…
Rien que toi à l’infini,
Tout ce bleu suçant les yeux.

Simple pèlerin qui passe,
Je viens contempler tes champs ;
Auprès de tes haies si basses,
Les peupliers s’étiolent, vibrants.

Il sent le miel et sent bon les pommes,
Ton humble Sauveur dans les églises,
Et de pré en pré résonnent
Les rondes gaies et sans fin reprises.

M’élançant sur le sentier
Qui mène aux clairières libres,
Vers moi j’entendrai tinter,
Boucles d’oreilles, le rire des filles.

Si la troupe des anges me hèle:
« Fuis la Russie, viens au paradis ! »
Je dirai : « Que m’importe le ciel,
Laissez-moi vivre dans ma patrie ! »

1914

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