Kazakhstan : 30 ans sans l'URSS.

Publié le par Boyer Jakline

Finalement, analyser ce qui se passe et se joue en ce moment dans le grand pays d'Asie centrale est un précipité du tout.

J'évoquais dans mon précédent article certains éléments concrets de ce pays. Pour y voir plus clair, quelques données supplémentaires.

Outre ses dimensions-plus de 5 fois la France-, ce qui est remarquable c'est la très grande richesse du sous-sol, et le niveau élevé de l'industrie, bâtie par l'Urss, ses travailleurs. Le Kazahstan fut un des lieux du déménagement de l'industrie lourde et légère, soit sidérurgie et métallurgie pendant la Grande Guerre Patriotique. C'est de là que partait tout ce qui était nécessaire au front. Sa frontière avec la Russie est un arc qui va de Volgograd à Omsk, soit la Sibérie orientale, elle aussi grand fournisseur d'acier, d'armes en tous genres pour le front. Cette frontière encore aujourd'hui est ouverte.
Sous-sol : ce sont les métaux rares, l'uranium, que la France achète, le fer, le pétrole, le gaz.

La caractéristique c'est qu'aujourd'hui toutes ces entreprises et d'extraction ou de transformation sont dans les mains de consortiums américains, anglais, français dans une moindre part, Total en particulier, chinois et, bizarrement, très peu de russes. 

Экспорт нефти в Казахстане составил 59,56 млн с начала 2019 года

Bref, une économie à l'encan. Bâtie par trois générations de soviétiques, vendue le plus souvent pour le rouble symbolique, une spoliation dont les populations, surexploitées, voient aujourd'hui l'ampleur dans toute son indécence.

Pour revenir aux événements en cours, la version officielle russe, comme kazakh, c'est l'intervention extérieure. Il y a cependant quelques politologues avisés, dans ces débats, qui signalent la situation sociale extrêmement dégradée qui autorise une telle ingérence : effectivement, quand tout va bien, difficile de semer les désordres.

L'intervention des soldats de l'Organisation de Sécurité collective consiste à " tenir" les frontières pour laisser au pouvoir en place le  travail de police intérieure.

Certains notent  dans ces débats télévisés russes la coïncidence de l'embrasement avec la rencontre Poutine-Biden qui s'est tnue ce 10 janvier à Genève. J'y reviendrai. Ce conflit et l'intervention militaire extérieure devaient mettre le président russe en position de faiblesse lors de ces discussions qui s'annoncent très difficiles.  Et éloigner le sujet ukrainien, objet principal de la rencontre. L'appréciation des milieux politiques proches du pouvoir est toute autre : la Russie aurait donné une leçon de capacité à répondre vite et efficacement.

Se souvenir tout de même que le déclenchement de la colère populaire date du 2 janvier, soit le lendemain de la hausse brutale du prix du gaz , décidée le 1er janvier, un premier janvier. La responsabilité du pouvoir est entière, qui ne sait pas (ne veut pas?) refréner les appétits des oligarques.

C'est certain qu'ensuite des islamistes, cellules dormantes ou prompts à pénétrer dans ce pays, comme d'en d'autres dans cette région tourmentée, l'Afghanistan n'est (relativement) pas loin, des nationalistes de tout poil ont pu s'en donner à coeur joie, cachant du coup, pour les pouvoirs kazakh, russe et nos chers occidentaux, très présents économiquement dans le pays, les revendications urgentes de la population effacée derrière ces voyous violents.

Cette lecture des événements est remise en cause par le texte publié hier dont je donne des extraits en suivant. 

En grève...en 2011, la police tire sur les grévistes, 16 morts.  

Ici en 2021 rassemblement, en mémoire de ce moment tragique. 

Бастующие сотрудники компании «МунайСпецСнаб» выдвигают свои требования. Жанаозен, 16 июля 2021 года

En lien,  la position officielle du président kazakh. Sans surprise.

 

 

"NE TIREZ PAS SUR VOTRE PEUPLE !"

Témoignage publié dans Soviétskaya Rossia hier. Article signé par un témoin,  architecte,  qui vit dans ce pays et participe aux manifestations.

Il explique que le mouvement est parti des "pétroliers " à l’ouest de pays, et si en 2011, l’armée a tué 16 ouvriers,  la lâcheté avait alors triomphé.  Cette fois,  quand les mêmes ont engagé ce combat, tout le pays est sorti pour les soutenir. 

Extrait de l’article qui décrit par le menu la manifestation populaire et violente.

Le Kazakhstan. Des scènes qui en rappellent d’autres.

 

"Je n’ai pas filmé ce qui se passait, car les manifestants ont demandé de ne pas filmer. J'aurais dû filmer le discours de mon ami, mais je n'ai pas pu, ce que je regrette vraiment. C'était un discours fort en beau kazakh, il a crié aux militaires :

"Frères! Vous aussi, vous êtes né et avez été élevé par des mères kazakhes. Si demain il y a une guerre, c'est nous qui serons à vos côtés jusqu'au bout. Ne tirez pas sur votre peuple ! Ne soyez pas les esclaves de Nazarbayev ! Il vous vendra dès qu'il n'aura plus besoin de vous ! Regardez ces gars qui ont été capturés. Ils ont le même âge que nos enfants ! Pensez-y, ne servez que le peuple ! N'obéissez pas aux ordres de ceux qui nous jouent les uns contre les autres. Jetez vos armes, passez du côté du peuple ! Ne tirez pas sur votre peuple, réfléchissez à la façon dont vous vivrez alors parmi eux. Comment allez-vous regarder vos enfants dans les yeux !"...

 

... Lorsque l'attaque s'est calmée, nous nous sommes retirés sur la place, mais, apparemment, l'assaut ne faisait que commencer, car de plus en plus de personnes déterminées ont commencé à s'y rassembler. Plus tard, la résidence est tombée et les soldats ont été évacués d'une manière ou d'une autre. Le bâtiment lui-même a été incendié. Je dois dire tout de suite que si vous considérez ces gars comme des combattants spécialement entraînés, alors vous vous trompez profondément. Ce sont des gars simples, de vrais cavaliers avec couilles, pas des experts de salon. Ils sont venus là-bas pour dire non au régime de Nazarbaïev, mais  ce sont les autorités elles-mêmes qui ont mis la population en colère en leur tirant dessus. Il y avait le sentiment qu'ils resteraient là jusqu'à la fin. Ce ne sont pas des couilles molles, car les couilles molles ne passent JAMAIS sous les balles. Personne là-bas ne se connaissait, les gens n'étaient unis que par la volonté de liberté et la haine du régime. Si l'un de ces gars lit ces lignes, sachez que nous sommes frères. Je savais avec certitude si quelque chose allait m'arriver, ils m'auraient mis à l’abri à tout prix. Et tu sais quoi, peu importe comment on les appelle, peu importe à quel point ils sont dénigrés, je le jure, à partir de ce jour je serai fier de mon peuple jusqu'à la fin de mes jours. Et tous mes propos et griefs contre les Kazakhs en tant que nation, tous mes doutes sur l'avenir de notre peuple, je les retire. Nous sommes une nation et nous sommes une nation de caractère."

 

À l’époque tsariste,  le Kazakhstan était une colonie où commença l’exploitation du pétrole.  Les Kazakhs,  djiguits, étaient essentiellement des nomades, cavaliers,  évoqués dans le texte. 

il s’agit de la résidence du président. 

Meeting.

 

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