Après le 7, le 8 octobre.
On pourrait aussi penser au 6 octobre 2023, où rien n’avait eu encore lieu. Rien, c'est à dire que tout continuait "comme avant" : la colonisation toujours plus arrogante de la Cisjordanie, les déplacements inimaginables des Palestiniens travaillant en Israël : passer par des "couloirs", contrôles d’identité à répétition. Tel que me l’a raconté une amie, ni pro, ni contre qui que ce soit mais a "expérimenté" lors d’un séjour touristique dans cette région il y a quelques années.
Le 6 octobre, les victimes dont tous semble-t-il n’étaient pas israéliens, les futurs otages israéliens se préparaient à un vendredi soir festif... etc.
Aujourd'hui l’armée israélienne débusque des dirigeants du Hamas ou du Hezbollah et les tuent. On ne parlera pas des "dommages collatéraux". Pour atteindre et tuer Nasrallah, il y aurait eu 300 civils tués. Le 5 octobre un dirigeant du Hamas est abattu à Tripoli. Or, plus Tsahal fait la preuve de son efficacité, plus s’amplifie l’interrogation publique : comment Israël a pu ne pas anticiper le 7 octobre ? Prévenu DEUX fois par l’Égypte sur la préparation d’un gros coup par le Hamas, dont la seconde fois par le président égyptien ?
Aujourd'hui, un an plus tard, 101 otages israéliens sont toujours prisonniers et leur sort semble bien compromis. Prétexte pour lancer l’offensive inimaginable sur Gaza, Cisjordanie et aujourd'hui le Liban ?
Les Israéliens sont dans la rue par milliers pour obtenir leur retour. C’est d’eux aussi que dépend un changement du cours de cette histoire épouvantable. Quant à la "communauté internationale", les fournisseurs d’armes et de déclarations hypocrites, cet "Occident", il est une fois de plus démasqué pour "le reste" de la planète, soit près de 7 milliards de personnes.
7 octobre : je publie ce poème de Marmoud Darwich "Passants parmi les paroles passagères".
Il provoqua une réaction violente en Israël. Mahmoud Darwich l’écrit à chaud et dans l’horreur : le poète assiste à une scène où l’armée israélienne brise les os d’enfants palestiniens. En 1987, après le début de la première intifada.
Face au déferlement de ce jour dans les médias : "Israël a le droit de se défendre", difficile de ne pas penser à d’autres commémorations qui n’ont jamais lieu. Pourquoi ne pas commémorer par exemple Sabra et Chatila, 1982, déjà au Liban, dans déjà des camps palestiniens ? On ne sait combien de centaines de morts."invisibles" dit une journaliste parlant de Gaza aujourd'hui... non, invisibilisés.
Les Palestiniens ont-ils le droit d’exister ?
1
Vous qui passez parmi les paroles passagères
Portez vos noms et partez
Retirez vos heures de notre temps, partez
Extorquez ce que vous voulez
Du bleu du ciel et du sable de la mémoire
Prenez les photos que vous voulez, pour savoir
Que vous ne saurez pas
Comment les pierres de notre terre
Bâtissent le toit du ciel
2.
Vous qui passez parmi les paroles passagères
Vous fournissez l’épée, nous fournissons le sang
Vous fournissez l’acier et le feu, nous fournissons la chair
Vous fournissez un autre char, nous fournissons les pierres
Vous fournissez la bombe lacrymogène, nous fournissons la pluie
Mais le ciel et l’air
Sont les mêmes pour vous et pour nous
Alors prenez votre lot de notre sang, et partez
Allez dîner, festoyer et danser, puis partez
A nous de garder les roses des martyrs
A nous de vivre comme nous le voulons
3.
Vous qui passez parmi les paroles passagères
comme la poussière amère, passez où vous voulez
mais ne passez pas parmi nous comme les insectes volants
Nous avons à faire dans notre terre
Nous avons à cultiver le blé
A l’abreuver de la rosée de nos corps
Nous avons ce qui ne vous agrée pas ici
Pierres et perdrix
Alors, portez le passé, si vous le voulez
Au marché des antiquités
Et restituez le squelette à la huppe
Sur un plateau de porcelaine
Nous avons ce qui ne vous agrée pas
Nous avons l’avenir
Et nous avons à faire dans notre pays
4.
Vous qui passez parmi les paroles passagères
Entassez vos illusions dans une fosse abandonnée, et partez
Rendez les aiguilles du temps à la légitimité du veau d’or
Ou au battement musical du révolver
Nous avons ce qui ne vous agrée pas ici, partez
Nous avons ce qui n’est pas en vous :
Une patrie qui saigne, un peuple qui saigne
Une patrie utile à l’oubli et au souvenir
5.
Vous qui passez parmi les paroles passagères
Il est temps que vous partiez
Et que vous vous fixiez où bon vous semble
Mais ne vous fixez pas parmi nous
Il est temps que vous partiez
Que vous mouriez où bon vous sembleMais ne mourez pas parmi nous
Nous avons à faire dans notre terre
Ici, nous avons le passé
La voix inaugurale de la vie
Et nous y avons le présent, le présent et l’avenir
Nous y avons l’ ici-bas et l’au-delà
Alors, sortez de notre terre
De notre terre ferme, de notre mer
De notre blé, de notre sel, de notre blessure
De toute chose, sortez
Des souvenirs de la mémoire
O vous qui passez parmi les paroles passagères.
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